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Forum des associations et du bénévolat (1) : tous bénévoles, tous différents

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ile aux moines

Le Mensuel du Golfe du Morbihan

Dans un grand nombre de communes en France, le forum des associations est un rendez-vous récurrent en septembre. C’est l’occasion pour les municipalités de montrer la vitalité du territoire et leur attachement à favoriser le lien social. Dans un gymnase ou une salle des fêtes, les associations promeuvent ce qu’elles font et tentent de susciter des inscriptions à leurs activités : Danse (classique, modern-jazz, orientale, traditionnelle…), gym, théâtre, yoga, randonnées (pédestres, VTT, cyclotouristes…), langues, musique (instruments, chorales…), patrimoine, sport, clubs des aînés, etc, il y en a pour tous les goûts.

Du fait que la vie associative est foisonnante en Bretagne, nombreux y sont les événements où les bénévoles interviennent par le biais de leur association. C’est le cas de la “Semaine du Golfe”, un rassemblement de Vieux Gréements dans le Golfe du Morbihan. Croyez vous qu’une quelconque collectivité maintient et fait vivre ces vénérables bateaux ? Que nenni ! Ce sont des bénévoles, regroupés au sein d’associations de patrimoine maritime. Or il ne s’agit pas pour elles de se contenter d’offrir du dépaysement aux estivants en sortant le bateau de son hivernage une fois par an. Faire vivre un bateau nécessite une activité tout au long de l’année : entretien du bateau (carénage, traitement des voiles…), recherche de fonds, dossiers de subventions, transmission des savoirs et savoirs-faire, réalisation de projets (livres, CD…). Les bénévoles mouillent leurs chemises tout au long de l’année. Le journal « Le Mensuel du Golfe » a consacré un dossier de 16 pages aux gardiens du patrimoine maritime dans son numéro de juin 2011 :

« Particuliers, groupes de copains, associations… Les rénovateurs de vieux navires se retrouvent rarement sous les feux des projecteurs. Pourtant, ils peuvent se féliciter d’être les gardiens du patrimoine maritime du Morbihan. »

Le bénévolat est une belle idée. Il fait des miracles pour des projets que ni le privé, ni le public, ne peuvent (ne veulent?) prendre en charge. Cela n’empêche ni les subventions, ni le mécénat. Mais sans le travail tout au long de l’année de toutes ces personnes qui ne comptent pas leur temps, et cela sans rémunération, les grandes manifestations culturelles comme la “Semaine du Golfe” ou le “Festival Interceltique de Lorient” n’auraient jamais vu le jour.

A chaque rentrée, sans que leurs bénévoles soient nécessairement regroupés en associations, de nombreuses bibliothèques tiennent un stand dans le forum des assos local. On ne lit presque jamais rien sur les bénévoles sur la biblioblogosphère, ce qui est regrettable.

Certains bénévoles de bibliothèques sont encore regroupés au sein d’associations. Si ce mode d’organisation tend à disparaître, le recours à des bénévoles en bibliothèques reste très répandu.

Pourtant, un bénévole de bibliothèque est-il un bénévole comme un autre ?

Tous les membres d’associations ne sont pas aussi militants que ceux des Vieux-Gréements évoqués ci-dessus. On peut en effet s’inscrire à une activité pour le simple plaisir de pratiquer le tricot, le macramé ou la cuisine en groupe. Il faut reconnaître aux bénévoles de bibliothèques qu’ils sont le plus souvent militants. Certains ont été à l’origine de la création de la bibliothèque avant que celle-ci ne devienne municipale bien des années plus tard. Néanmoins, à partir du moment où la bibliothèque devient un service public, le fonctionnement ne peut plus être celui d’une association dont les membres se retrouvent pour leur plaisir, indépendamment des usagers.

  • La bibliothèque est au service de l’ensemble des habitants. Ainsi, l’établissement doit inscrire son activité dans la politique culturelle de la ville. Le patron, c’est le Maire, représentant des contribuables et financeur, et pas le président d’une quelconque association. Quand il y a un directeur salarié, en tant que fonctionnaire de la commune, il exerce la responsabilité fonctionnelle. En tant qu’expert dans son domaine, il conseille les élus, qui doivent tenir compte de ses avis. En tant que représentant de la structure il est l’unique interlocuteur auprès des élus et des partenaires extérieurs, même si dans les faits, il peut déléguer.
  • De plus, il y a des impératifs en terme de qualité de service. Si un amateur de guitare peut se permettre de rester un mauvais guitariste toute sa vie, un bénévole de bibliothèque se doit de ne pas faire n’importe quoi : il doit mener les tâches qu’on lui assigne correctement, ce qui induit le développement de compétences et le suivi de formations.
  • Enfin, de même qu’un salarié, un bénévole ne doit pas s’investir dans une bibliothèque pour de mauvaises raisons : l’amour des livres n’est pas nécessaire et ce n’est surtout pas une raison suffisante. Le travail en bibliothèque ne se limite pas à la douchette : animations, médiation, multimédia, la mutation des bibliothèques ne concerne pas que les salariés.

Cela m’amène à avoir parfois des propos qui peuvent paraître durs à ce sujet :

Eux c’est sûr, ils participent à l’effort de réduction des dépenses publiques! De plus, bien que les bénévoles soient une richesse dans les bibliothèques municipales, leur présence dé-crédibilise un peu plus les professionnels. Cela amène les tutelles et le public à penser : Si un bénévole peut le faire, ça ne doit pas être compliqué comme travail.

Les appels à bénévolat ressemblent à s’y méprendre à des offres d’emploi. Il ne manque que la rubrique « rémunération ».

Mais c’est moins à cause des bénévoles dont je reconnais la valeur et l’utilité, qu’à cause du regard que les élus posent sur eux : Ils pensent que ce sont des bénévoles comme les autres, qui viennent à la bibliothèque comme on s’inscrit à un cours de yoga. L’expression “recrutement de bénévoles” devient alors un mot interdit. Or en déniant les compétences et la formation que cela requiert pour un bénévole, les élus dénient indirectement la valeur des salariés. Les élus ont en effet tendance à penser que salariés et bénévoles sont interchangeables (pourtant on recrute bien les salariés?). Par exemple, si un bénévole ne vient que quelques heures par semaine, un salarié peut en faire autant.

On ne peut pas en vouloir aux élus. Leurs représentations ne sont que le reflet des représentations communément admises : bibliothécaire ce n’est pas un vrai travail, encore moins un métier. J’ai eu une collègue salariée à qui son plus jeune fils disait le matin :

“C’est même pas vrai que tu vas travailler, en vrai tu vas à la bibliothèque.”

Comment lutter? La vérité sort de la bouche des enfants dit-on.

Les élus font partie du public cible de l’une des formations proposées par le cabinet Larderet, (le soulignage est de moi) intitulée

Le bénévolat dans un contexte de mutation des bibliothèques :

Objectifs

  • Identifier ce qui fait la spécificité du bénévolat en service public.
  • Se construire une réflexion sur le bénévolat en bibliothèque face aux enjeux actuels.
  • Connaître et comprendre les mutations actuelles des bibliothèques.
  • Identifier les nouvelles connaissances et compétences qu’une équipe doit pouvoir mettre au service de la bibliothèque et de la population.
  • Faire évoluer sa représentation du bénévole en bibliothèque.
  • Être capable d’expliquer les nouveaux profils recherchés et de mettre en œuvre les conditions de leur intégration dans l’équipe.

Publics

  • Élus, responsables de bibliothèques, bénévoles en bibliothèques de service public.

[…]
Contenu

  • Bénévolat, service public, bibliothèques.
  • Les évolutions de la société et les nouveaux usages.
  • Les mutations actuelles des bibliothèques.
  • Connaissances et compétences à déployer par les équipes des bibliothèques.
  • Rechercher et accueillir de nouveaux profils de bénévoles. »

Mais pour que des élus s’inscrivent à de telles formations, encore faut-il que le directeur de la bibliothèque les y invite ! Pour lutter contre les vrais préjugés sur les bibliothécaires, ce serait plus efficace que de montrer qu’on n’a ni chignon ni lunettes.

Cette formation de deux jours est facturée 850€ par jour. Ce sont les BDP qui financent ces formations… pour l’instant. Alors ne boudons pas ces formations qui sont gratuites pour les utilisateurs finaux que nous sommes.

Rassemblement de Vieux gréements lors de la Semaine du Golfe 2011. Le patrimoine maritime traditionnel est l’un des lieux où le bénévolat trouve à s’exprimer.

<MAJ du 02 mai 2014 : pour aller plus loin>

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<MAJ du 1er mai 2015 : Bibliothécaires et élus>

Une autre formation du même cabinet est au catalogue de la MDIV cette année :

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<MAJ du 5 mai 2017 : 55% de bénévoles dans les bibliothèques>

On dénombre même 88% de bénévoles si l’on prend en compte les effectifs totaux des points d’accès au livre.
Cela crée de fait des prestations éclectiques sur l’ensemble du territoire, dont la qualité repose sur la motivation des bénévoles. L’utilisateur peut pâtir de la différence des prestations proposées, pouvant être de très bonnes qualité, mais parfois très médiocres.
Un véritable recrutement des bénévoles est nécessaire afin d’évaluer la motivation et l’engagement de chacun. Cette pratique s’inscrit dans le phénomène de professionnalisation du bénévolat depuis quelques années. Les critères de sélection et de recrutement ont donc tous leur importance. Cette formalisation permet de distinguer les bénévoles motivés, prêts à apporter une réelle contribution à la bibliothèque, des autres, les bénévoles qui « s’occupent ».

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<MAJ du 27 juillet 2017 : un avant-goût de la prochaine loi travail?>

Les salariés, c’est jamais content. Un bénévole, ça vient avec son cœur

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