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Certains employeurs ne doutent de rien

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Extrait de la présentation de Silvère Mercier lors d’une formation CNFPT. Cliquez sur l’image pour accéder à la source.

Dans le cadre de ma recherche d’emploi, je suis amené à analyser des offres d’emploi. Voici un exemple pas tout à fait pris au hasard.

Date de publication de l’offre : 11/05/2011 / Poste à pourvoir le : 15/06/2011 / Date limite candidature : 28/05/2011

Type de l’emploi : Emploi permanent

Service : Bibliothèque

Poste à pourvoir le 15 juin 2011. En lien étroit avec l’adjoint à la communication et à la culture, sous la responsabilité directe de la secrétaire de mairie.

Missions :

  • le secrétariat et la gestion technique de la bibliothèque (planning de présence des bénévoles, suivi des commandes (fournitures, livres, …),
  • suivi avec les partenaires (Médiathèque, BDIV, écoles…),
  • animation de réunion d’équipe de bénévoles, rapport d’activités);
  • la bibliothéconomie (acquisition de livres, suivi de l’actualité littéraire, indexation, catalogage);
  • l’accueil, conseil et orientation du public (assurer présence et surveillance dans la bibliothèque, enregistrer les transactions de documents,
  • gérer les incidents techniques et pénalités de retard);
  • accueil de groupes (écoles, maison de retraite …),
  • mise en place et participation à des actions d’animation en partenariat avec des associations (appui et ouverture sur les activités culturelles de la ville);
  • participation à l’élaboration et au suivi du budget de service, gestion de la régie de recettes;

contraintes liées à la mission :

  • souplesse horaire avec notamment disponibilité le mercredi, le samedi matin, ponctuellement en soirée pour certaines réunions, et / ou pour les animations.

Profils demandés :

  • Mutation, détachement, recrutement direct
  • goût pour l’action culturelle avec bonne connaissance littéraire et maîtrise de l’expression orale et écrite;
  • qualités relationnelles;
  • capacité à travailler en équipe et notamment avec des personnes ressources extramunicipales;
  • sens de l’organisation, rigueur, dynamisme et disponibilité;
  • maîtrise des connaissances techniques documentaires et professionnelles logiciels bureautiques et de gestion de bibliothèque;
  • notions de comptabilité publique
  • word-excel-internet;
  • permis de conduire;

Le travail du responsable d’établissement est très bien décrit : un travail de Bibliothécaire statutaire (catégorie A), ou d’AQCPB en milieu rural (catégorie B) – Deux des trois concours se déroulant la semaine prochaine. Je postulerais bien, ma foi. Les contraintes horaires (mercredi, samedi, soirées), habituelles en bibliothèque, ne me rebutent pas.

Seul bémol : on est dans la bibliothèque à papa. Rien sur les services en ligne : ni dans les missions, ni dans les compétences. L’informatique se limite au SIGB et à la bureautique. Il n’est même pas sûr que l’établissement ait un fonds de CD, de DVD ou même de BD ou de revues : l’action culturelle n’est associée qu’à la connaissance littéraire. Pas très bon signe.

Après consultation de sa fiche signalétique établie par la BDP correspondante, il apparaît que cette bibliothèque a un mail mais pas de site web, que la partie collections de la fiche n’est pas remplie, et que le service est ouvert… non pas 30, non pas 13, mais 3h par semaine! Trois heures, ce n’est pas une faute de frappe. L’équipe de bénévoles ne doit pas être pléthorique.

Voici la suite de l’offre :

Descriptif de l’emploi : La commune de XXX recrute un adjoint du patrimoine, 1ère classe ou 2eme classe catégorie C, responsable de bibliothèque, à temps non complet de 17h hebdomadaires.

Formation : Diplôme ABF souhaité ; en l’absence de ce diplôme, il pourra être demandé à la personne recrutée de s’engager dans la formation correspondante.

Temps de travail : Non complet

Durée hebdomadaire : 17h

Extrait de la même source que la première image. La mairie souhaite donc que le futur salarié effectue toutes les tâches du bibliothécaire, plus celles du directeur… pour 540€/mois. Bibliothécaire, c’est une passion mais quand même!

L’employeur, une toute petite commune (1942 hab), utilisant son manque de ressources comme un écran de fumée, veut donc que ce travail de responsable touche-à-tout soit réalisés en 17h hebdo payées à peine plus que le SMIC horaire, soit environ 540 € mensuels. C’est plus que le RSA individuel, mais bien moins que les trois quarts du SMIC ! Même en contrat aidé j’étais mieux considéré. De qui se moque-t-on? L’employeur ose pourtant évoquer un recrutement “par mutation ou détachement” pour un “emploi permanent”. Ce sont des pratiques proches de celles d’Adrexo, de Wall-Mart (1), des profiteurs de misère et autres marchands de sommeil. Ce n’est pas digne d’un employeur public, censé montrer l’exemple. A-t-il beaucoup d’autres mi-temps qualifiés parmi son personnel communal? Alors pourquoi un tel laisser-aller pour sa bibliothèque ?

Qu’on me parle encore de chignon au lieu des vrais préjugés sur le métier et je fais un malheur. Il y en a vraiment qui prennent les bibliothèques pour des C.A.T ! A quoi servent les recommandations de la DRAC ? A quoi sert de passer des concours ?

Ce type d’annonce est fréquent sur le site du Pôle Emploi. Selon quel processus les opérateurs de l’ex-ANPE peuvent-ils valider des offres pareilles ? Sans doute parce qu’ils ont les mêmes a-priori que les responsables des municipalités. Que font nos associations professionnelles ?

Ce qui me révolte le plus, c’est qu’il aura un clampin pour candidater et occuper ce “poste”, confirmant le recruteur et l’employeur dans leurs certitudes. Ce fonctionnaire va donc percevoir un traitement de 540€ et un RSA-activité de 400€ pour atteindre le seuil de pauvreté. Qui est l’assisté? Le salarié ou l’employeur? Personnellement, j’appelle cela une subvention déguisée. Or on ne verse pas de subvention aux personnes physiques. Déduisez-en ce que vous voulez.

Si cet employeur n’est prêt à mettre que si peu d’argent dans le salaire du directeur de sa bibliothèque, il n’y a rien à en attendre en terme d’investissements dans un catalogue en ligne moderne ou dans un abonnement à une plateforme de musique en ligne. Le clampin évoqué ci-dessus sera donc en plus condamné à laisser s’accumuler la poussière. Pourtant le sort d’une bibliothèque d’une petite commune n’est pas une fatalité : http://www.risom.fr/le-risom/ressources/article/la-nouvelle-tablette-numerique. Mais à Tence, on s’est donné les moyens en recrutant un bibliothécaire statutaire (A) dynamique et en le soutenant ensuite. Ce n’est pas en traitant la bibliothèque par le mépris comme le fait XXX, qu’on fait avancer les choses. Que la municipalité fasse passer la formation ABF à l’un de ses bénévoles et qu’on n’en parle plus!

Je ne serai pas le clampin attendu, mais je serais curieux de savoir qui le sera. Cette commune étant proche de chez moi, j’irais bien faire une petite visite dans cette bibliothèque à partir de mi-juin !

Heureusement que des offres plus intéressantes sont accessibles à partir d’autres sources, et qu’on peut continuer à rêver des Pays-Bas, de l’Italie ou de la Finlande.

(1) : Pour réussir, le modèle Wal-Mart lui impose de payer ses « associés » 20 % à 30 % en dessous de ses concurrents du secteur, mais aussi d’être beaucoup plus chiche qu’eux quand il s’agit de déterminer les protections sociales (maladie, retraite, etc.) sur lesquelles ses employés peuvent compter. Comme souvent avec les patrons libéraux, l’Etat ou la charité servent de voiture-balais. Un rapport du Congrès a estimé que chaque salarié de Wal-Mart coûtait 2 103 dollars par an à la collectivité, sous forme de compléments d’assistance divers (santé, enfants, logement).

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/01/HALIMI/13083

Profits privés, pertes publiques. Cela s’apparente donc à mon sens à une subvention déguisée.

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