Youtube et youtubers

Des Youtubers a la Bibli Rennes
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Les gens, en particulier les adultes, ne connaissent souvent de la plateforme de vidéos Youtube que ce qu’ils en voient dans le Zap de D17 :  des lolcats, des bébés trop mignons et des chutes façon vidéo gag.

ZapD17
L’émission « Zap D17 » propose une compilation de ces petites bévues du quotidien venues des quatre coins du monde : séquences d’émission télé, extraits de tournages, vidéos amateurs piochées sur Internet ou envoyées par des anonymes, images de caméras de surveillance… Rien ni personne n’est épargné.

Le Zap de D17 est certes divertissant, mais un peu réducteur. Youtube, ce n’est pas que cela. Youtube est le deuxième réseau social, avec 22 millions d’utilisateurs en France et 1 milliard dans le monde, juste derrière Facebook et loin devant tous les autres (chiffres mars 2015). Cela devrait être suffisant pour s’y intéresser.

Youtube2ePlateforme
Communiquer en bibliothèque avec facebook et twitter – MDIV, 9 octobre 2015 (cliquez pour voir le diaporama)

Au sommaire :

  1. Musique
  2. Humoristes
  3. Youtubeuses
  4. Vulgarisateurs
  5. Les coulisses
  6. Youtubeurs en bib
  7. Booktubeurs
  8. Bibliothèques youtubeuses
  9. Direction informatique et blocage de Youtube
  10. Lisez aussi

1-Musique

Premièrement, Youtube est utilisé par 98 % des jeunes pour écouter de la musique.

Cette plateforme de vidéos en ligne créée en 2005, et rachetée par Google l’année suivante, est devenue le leader incontestable de l’écoute de musique en ligne chez les jeunes, et ce malgré une qualité sonore ordinaire. Cependant les recherches de musiques en ligne se faisant majoritairement sur le moteur de recherche Google, les vidéos You tube apparaissent parmi les 1ers résultats, ceci additionné au plaisir de regarder une vidéo pour accroître l’expérience musicale, ont fait de You Tube le champion des plateformes utilisées par les jeunes pour écouter de la musique

Rapport des jeunes à la musique à l’ère numérique, p.14

EcouteStreaming
Youtube est de la loin la première plateforme d’écoute de musique pour les jeunes de 12 à 19 ans

Il faut être honnête, avec 30 millions de morceaux, la plateforme est de loin l’un des meilleurs moyens de découvrir de la musique. Au delà de phénomènes éphémères comme Psy, de nombreux artistes ont ainsi été révélés par Youtube, non seulement Justin Bieber, mais aussi Arctic Monkeys, Adèle, Irma ou Fauve : Internet a servi de tremplin.

2-Humoristes

Initialement, toute personne déposant des vidéos sur Youtube était un Youtuber, même le Bagad Elven ou les gamers en direct. Néanmoins, le terme est devenu plus précis en désignant d’abord les vidéastes. Les premiers à avoir percé sont les Youtubers humoristes : Est-il encore utile de présenter Norman fait des vidéos, Cyprien, Hugo tout seulSolange de parle, etc? Moi le premier, j’ai utilisé certaines de leurs vidéos pour illustrer mes billets. Dès 2012, ils ont eu les honneurs de la presse :

On est tombé dessus par hasard. Ce jour-là, nos enfants, 9 et 12 ans, scotchés à l’écran de l’ordinateur, regardent un jeune type qui parle tout seul, visage en gros plan, devant ce qu’on imagine être une webcam. Image cheap, éclairage approximatif. Derrière lui, on devine des étagères qui débordent, genre chambre d’ado. Le gars se moque des imberbes… comme lui. Le ton est naturel, mais l’écriture, travaillée ; le montage est vif, percutant. On se gondole franchement.

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De gauche à droite : Maxime Musqua, NormanFaitDesVidéos, Mister V, Cyprien et La ferme Jérôme. Photo : Jean-François Robert pour Télérama.

Norman a été le premier à croiser les réseaux, ce qui a contribué à le propulser. Aujourd’hui, tout le monde le fait, mais à l’époque, il a anticipé le métier de community manager :

NormanFaitDesVidéos a été le premier à demander systématiquement aux internautes de rejoindre son compte ­Facebook. Aujourd’hui, il s’appuie, comme Cyprien, sur une communauté de plus d’un million de fans, prêts à ­relayer ses vidéos et à créer le buzz. Un million sur Facebook, pour vous donner une idée, c’est [en 2012] deux fois plus que Nicolas Sarkozy, dix fois plus que François Hollande. Même Jamel fait (un peu) moins.

Si de nombreux humoristes inspirés par Norman et Cyprien resteront dans l’ombre, une partie a diversifié ses activités avec des spectacles sur scène, des films, de la radio, de la télé, voire des installations d’art contemporain… et les vulgarisateurs leur emboîtent le pas : livres d’Axelot, Dirty Biology et Bruce, ou théâtre en première partie d’Alexandre Astier.

Livres Youtubers

Mais il y a une différence de taille par rapport au Youtube musical :

« La télé et le cinéma ne sont que des extensions, je resterai toujours et d’abord un « youtuber ». » dit Norman
« Internet, avant, c’était un tremplin. Aujourd’hui, c’est un média à part entière. » renchéri son agent.

Ce que confirment les différents colloques, ateliers, rencontres, conférences, etc, autour du numérique qu’organisent régulièrement les institutions culturelles : le numérique, loin de se résumer à sa dimension technique, doit être considéré à présent comme une question culturelle à part entière.

Colloque EAC

3-Youtubeuses

Depuis deux ans environ, deux nouvelles générations de Youtubers ont émergé. D’un côté, les vulgarisateurs, et de l’autre les… Youtubeuses. Et oui, les filles ne sont pas en reste sur Youtube. Ces dernières se répartissent en parts égales entre les humoristes comme Natoo (Nathalie Odzierejko) d’une part et les blogueuses beauté passées à la vidéo, comme EnjoyPhoenix (Marie Lopez) d’autre part. Quand les secondes vont à la rencontre de leurs fans, c’est une cohue équivalente à celle que peut provoquer un Justin Bieber. D’ailleurs, c’est le même public : les jeunes filles de 11 à 16 ans.

Mais les Youtubeuses, ce n’est pas que la mode-beauté :

SolangeTeParle
Pionnière des Youtubeuses puisque ses débuts avec l’abécédaire datent d’il y a trois ans, Solange te parle, c’est l’anti-youtube de fille, l’anti EnjoyPhoenix… et c’est pour ça qu’on l’aime!

4-Vulgarisateurs

J’ai découvert les Youtubers vulgarisateurs (et trices 😉 ) ou culturels (ou elles 😀 ) en août dernier, en faisant des recherches en vue d’un billet de blog pour dénoncer le créationnisme qui se répand sur internet. A partir d’une playlist de Motorsport Gigantoraptor dézinguant l’Atlas de la Création (14 ans, le gamin, et bon!), je me suis mis à creuser le sujet, avec l’impression de défricher un mine d’or. J’ai découvert que les premiers suivaient des Youtubers vulgarisateurs anglophones, et regrettaient de ne rien trouver de similaire dans la sphère francophone… avant de se lancer pour combler ce manque. D’autres leur ont emboîté le pas, et c’est maintenant une communauté aussi importante que celle des humoristes, avec renvois de liens vers les chaines des copains (et copines) et participations croisées, comme dans cette vidéo du 1er avril dernier :

Il y a en a pour tous les goûts :

Ce n’est qu’une petite sélection totalement subjective. Pour en trouver d’autres, visitez le site de l’association La vidéothèque d’Alexandrie, une plateforme visant à faire découvrir des contenus culturels sur internet, et qui permet à tous les vidéastes de venir demander des conseils sur la création audiovisuelle et sur l’univers Youtube. Des vidéos y sont partagées avec l’accord de leurs auteurs, et il y a même un classement par catégories pour chercher en fonction de ses centres d’intérêt. Un autre moyen est de visiter la plateforme de financement Tipeee, qu’ils sont nombreux à utiliser. Enfin, les travaux de plusieurs Youtubers en sciences sont réunis sur la plateforme VideoSciences, hébergée par le C@fé des Sciences.

5-Les coulisses

Pour se familiariser avec cet univers, découvrir l’envers du décor, il ne faut pas hésiter à aller voir leurs conférences, interviews, en commençant par les FAQ et lives sur leur propre chaîne… en faisant attention aux dates 😉 . Les Youtubers viennent d’horizons divers. Les Youtubers humoristes qui ont montré la voie ont souvent une fibre artistique – Cyprien a commencé avec un blog dessin, Norman a fait des études de technicien vidéo, Solange est actrice, tout comme Natoo, ex-policière, désormais comédienne qui est passée par le Studio Bagel de Canal Plus…

Les vulgarisateurs ont quand à eux d’autres motivations, plus diverses : Léo Grasset (Dirty biology) tenait un blog, Patrick Baud (Axolot) faisait de la radio, et les deux abordaient déjà les thèmes qui sont au centre de leurs vidéos aujourd’hui. Il y a aussi les universitaires comme Mickaël Launay (Micmaths), thésard arrivé sur Youtube par hasard, ou Climen, étudiant en Pharmacie. En revanche, Bruce d’e-penser est informaticien indépendant. S’il s’est toujours demandé « Pourquoi » sur tous les sujets, c’est pendant qu’il était prof de maths en lycée pro qu’il a appris à vulgariser, à chercher la bonne analogie pour se faire comprendre des néophytes. Lui a commencé directement avec les vidéos de vulgarisation :

Il était également l’un des invités du Vulgarizators organisé par l’ENS de Lyon :

Il faut savoir que pour un produit fini de quelques minutes, il y a eu des heures de préparation, de tournage et autant de temps de montage. D’autre part, ils jonglent avec les financements pour pouvoir continuer : financement participatif avec Tipeee, publicités monétisées avec Youtube et surtout nombre d’entre eux s’adossent à un network ou MCN, Multi Channel Network (Maker, Machinima, Revision3, Fullscrennn, Wizdeo, Expand, Rightster…), qui leur permet – contre rémunération – d’avoir un statut à part aux yeux de Google (distinct des chaînes Premium des groupes média et TV et des majors du disque et des jeux d’une part, et distinct des simples contributeurs d’autre part), et qui leur font des propositions de sponsoring ou d’OP (opérations publicitaires).

En effet, alors qu’un blog perso ne coûte rien d’autre que du temps, les vidéos demandent du matériel : éclairage, caméscope, micro… Il ne s’agit plus de s’asseoir devant sa webcam et d’improviser. Ci-dessous les conseils de Ben qui gère la chaîne d’histoire Nota Bene et anime l’association La Vidéothèque d’Alexandrie :

6-Youtubeurs en bib

Certains bibliothécaires ne s’en laissent pas compter par les éloges de Télérama, de Libération ou des Inrocks. Pourtant, un fait pourrait les faire changer d’avis : il y a des Youtubeurs / Youtubeuses qui sont invités dans des bibliothèques, comme le serait un auteur de livres apprécié. Ainsi, Ina Mihalache (Solange te parle) sera :

  • jeudi 15 octobre à 19h, à la médiathèque Yourcenar dans le 15e à Paris (en compagnie de Titiou Lecoq, journaliste, blogueuse et romancière).
  • jeudi 22 octobre à 17h, à la Bellone à Bruxelles, avec Florence Minder (auteur et actrice)

Solange en bib

A Rennes, ce sont trois Youtubers qui sont conviés à Cleunay le 21 octobre prochain :

Des Youtubers a la Bibli Rennes

7-Booktubeurs

Alors, pas culturel, Youtube? Pour ceux qui ne seraient toujours pas convaincus qu’il y a sur Youtube des choses à glaner et à mettre en avant auprès des usagers, sachez encore qu’il y a une dernière catégorie de Youtubers, qui est très proche du cœur de métier historique des temples du livre : les Booktubers, parmi lesquels :

Booktuber Rouquin Bouquine
Le Rouquin Bouquine présente sa critique du livre Pique, de Benjamin Whitmer (Archimag)

Cette catégorie a deux caractéristiques majeures : elle reste encore très peu connue et elle est archi-dominée par les femmes. Vous pensiez que toutes les YouTubeuses faisaient du make-up ? Certainement pas. Même si plusieurs hommes réussissent aussi dans ce domaine, ils restent malgré tout très minoritaires. » AcTube propose une sélection de Boobtubers : Top 30 des chaines YouTube francophones qui vous parlent des livres avec amour.

Comme leurs homologues vulgarisateurs, les Booktubers sont aussi conviés dans les bibliothèques :

Le booktuber et le bibliothécaire
Ils sont jeunes. Ils lisent beaucoup de livres. Ils en parlent avec passion dans des vidéos qui, postées sur Internet, sont suivies par des milliers de fans. Ces critiques littéraires amateurs rebattent les cartes de la promotion du livre et de la lecture. Ce sont les booktubers. Que peuvent retenir les bibliothécaires de ce phénomène ?

8-Bibliothèques youtubeuses

Pour les derniers indécis, sachez que certaines bibliothèques sont devenues elles-même Youtubeuses, comme celle de l’Université de Louvain (notez la référence au jingle d’HBO au début) :

9-Direction informatique et blocage de Youtube

Pourtant, parmi ceux qui connaissent les richesses de Youtube, certains sont bloqués sur leur lieu de travail. Pour eux, Youtube = Error 403 forbidden ou 401 Unauthorized. Le filtrage des postes internet est bel et bien un fléau dans les bibliothèques. Si Youtube est bloqué, difficile de faire de la médiation sur les perles qu’il recèle, perdues qu’elles sont au milieu des musiciens ou vidéastes sans talent (car il y en a aussi), et des vidéos rigolotes mais sans intérêt. Les arbres qui cachent la forêt ne sont pas propres à Internet ou à Youtube : les musées regorgent de croûtes, les bibliothèques de bouses qui auraient mérité un désherbage en règle de longue date. Si on n’en parle jamais, c’est justement qu’elles n’en valent pas la peine. En revanche si on ne parle pas de Youtube, c’est parfois qu’on en est empêché pour de viles raison techniques.

Filtrage Internet

Ce n’est donc qu’en démontrant que Youtube c’est aussi ça mais que ce n’est pas que ça, qu’on pourra convaincre la DSI de l’utilité de lever le filtrage, au moins pour les professionnels, et idéalement aussi pour le public (wifi ou postes sur place). Il s’agit en fait de faire contrepoids à l’image de Youtube véhiculée entre autres par D17 : c’était le but de ce billet. S’il peut vous aider à convaincre votre direction informatique, ce sera la cerise sur le gâteau!

Merci à Michael Godfroid et à tous les intervenants de la discussion Facebook qui m’a donné la matière pour l’écriture de ce billet 😉 .

10-Lisez aussi :

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