Des moules qui ne donnent pas la frite

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Des diplômes et pas de concours, ou un concours et pas de poste. Bibliothécaire, quel drôle de métier!

Il y a quelques temps, après avoir – une fois de plus, comme beaucoup d’autres – été coincée dès l’écrit à deux concours (En Fonction Publique d’État, ils peuvent encore en tenter plusieurs la même année), Cécile Arènes (Aka Liber libri) s’interrogeait sur son avenir – comme nous tous dans les bibliothèques. Elle concluait son billet ainsi :

Une précision, pour éviter la foire d’empoigne sous ce billet : la question ici n’est pas de savoir si les épreuves sont inadaptées (grand classique du débat post-concours) mais de savoir ce que feront la rédactrice de blog et beaucoup de candidats malheureux dans les années à venir. D’avance merci

http://www.liberlibri.fr/2011/03/plan-de-vol/

Depuis, son moral est remonté, mais le nombre de commentaires (41), prouve que nous sommes nombreux à nous inquiéter. Voici celui de Toftaky :

[…] Pour obtenir un concours de la filière culturelle, il faut en apprendre la langue. Le plus important, pour moi, quand on prépare un concours de Bibliothécaire ou de Conservateur :

  • Recracher la novlangue, les idées, les marottes contenues dans les organes officiels type BBF, bien s’en imprégner.
  • Assister aux séminaires de type ABF, ADBDP, ADBGV pour bien s’immerger dans la doxa de nos illustres guides.

Une fois que l’on a bien assimilé tout ça, il faut se mettre dans la peau d’un cadre et ce n’est pas toujours facile non plus intellectuellement. Penser, raisonner, se projeter comme un cadre de la filière culturelle. Gommer toute aspérité personnelle afin de se couler dans le moule, il faut rassurer les jurés, leur montrer que tu es de la famille…Comme dit M. Bourrion, il faut lire tout Deleuze…

Franchement, une fois que j’ai compris tout cela, mes notes aux concours ont explosé.

Pour obtenir un concours, le talent et le travail ne suffisent pas.

Pour l’écrit de Bibliothécaire, je peux encore le concevoir, mais pour Conservateur, replacer la novlangue et la doxa bibliothéconomique sur un sujet tel que «romantisme et politique», cela me semble de la haute voltige. Sans doute veut-elle parler de l’oral ? Tredok renchéri ainsi :

Sinon, je n’aime pas les moules; On y est à l’étroit.

Parmi les premiers commentaires, Stéphanie mettait les points sur les i :

@Daniel [Bourrion], s’en foutre des diplômes et des concours, c’est faisable, quand t’en as un, de concours. Cécile a BAS, c’est super. Mais tous les contractuels, et tous ceux qui n’arrivent même pas à être contractuels, va leur dire qu’on s’en fout, des diplômes et des concours.

Je suis d’accord avec elle, étant de «ceux qui n’arrivent même pas à être contractuels», tout en ne manquant pas de diplômes : brevet des collèges, bac C, DEUG SVT, Licence, Maîtrise, DESS et… un bac pro vente : 7 diplômes dont trois dans le domaine (mon «LMD» à moi 🙂 ), mais sans le concours, ça me fait une belle jambe !

Sur son blog, Nalya, lauréate 2008 du concours de bibliothécaire territorial (catégorie A) qui a bien failli se retrouver reçue-collée, s’interroge :

Cela étant dit, 2 ans et 3 mois après ma réussite à un concours valable que 3 ans, je me pose certaines questions…

Comment se peut-il que le manque d’expérience en bibliothèque soit si un grand frein à l’embauche pour un poste de responsable ? Car comment cela se fait-il que le concours soit ouvert à tout détenteur d’un bac +3 si dans la réalité une expérience est nécessaire ? Ne devrait-il dans ce cas pas être nécessaire de justifier d’un certain nombre d’années d’expérience en établissement pour pouvoir se présenter au concours ?

Cela est le cas pour assistant qualifié (qui n’a -théoriquement- pas vocation à être responsable -lol), sans que cela solutionne quoi que ce soit selon moi, tant que les épreuves restent à côté de la plaque. Avec «mon LMD», je me suis demandé en 2008 quelle année j’allais choisir pour l’équivalence de diplôme (Et oui : aucun de mes diplômes ne figuraient dans la liste officielle des diplômes pour assistant qualifié en 2008, puisque c’est un concours de catégorie B -donc, niveau Bac-… dont la liste est composée de diplômes Bac+2 ou +3 «Métiers du livre» MDR : mes Bac+3.4.5 étaient donc hors champ, et mon DEUG de biologie ne cadrait pas non plus). Quand à mes trois années d’expérience (il en manque une pour la VAE, qui n’a de toute façon de valeur que pour ceux qui ne peuvent pas faire reconnaître une équivalence de diplôme), elles ne me servent à rien compte tenu de la nature des épreuves.

Comment est-il possible qu’en ayant un nombre de poste ouverts au concours correspondant au nombre de postes disponibles sur les trois années , chaque promotion compte son lot de reçus/collés ? Et pourquoi n’avons-nous pas accès à la liste de ces fameux établissements comme c’est le cas dans d’autres concours de la fonction publique ?

En d’autres termes, ces reçus-collés sont rentrés dans le moule, mais le potier les a oubliés au fond de son four (j’ai quelques bons souvenirs de la Maison de la céramique à Mulhouse).

Je suis sûre qu’il y a de très bonnes réponses à toutes ces questions (ou pas), et je serais très curieuse de les entendre si vous avez des éléments de réponses.

Moi aussi, je suis curieux de découvrir ces réponses… même si je soupçonne tout simplement le cynisme des recruteurs :

Olivier Tacheau, sur son blog, s’interrogeait sur la distinction à apporter entre statut et profil de poste. Je ne reviendrai pas sur la lamentable manie qu’ont trop souvent les responsables d’établissement de recruter des Bac+5 pour occuper des postes de manutention (l’apparentement intellectuel ressenti lors du recrutement peut créer des désastres tant sur le plan des insatisfactions personnelles que des relations attendues avec le public), ni sur cet état de fait qui consiste à constater la surqualification, et pire la sur-responsabilisation, d’agents sous-payés en charge de responsabilités bien au-delà de leurs responsabilités statutaires et surtout de leur salaire.

Bertrand Calenge, http://bccn.wordpress.com/2010/05/26/statut-metier-emploi-encore/

Cynisme bien intégré par les candidats souhaitant augmenter leur expérience :

stage, stage, stage. J’ai une copine dans la même situation que toi, elle multiplie les stages non payés ou des remplacements quand elle trouve. Ça lui permet d’être en contact avec les personnes qui recrutent et de ne pas se faire oublier lorsqu’il y aura un poste! Bon courage

http://nalya.canalblog.com/archives/2009/10/06/15327807.html

Si on peut se permettre de ne pas être payé à 22 ans (merci papamaman), à 36, on aimerait bien (commencer à) vivre de son métier :  stages non payés et CDD sous-payés en bib ou ailleurs, j’ai déjà donné.

Cécile Arènes (Liber libri http://www.liberlibri.fr/), après avoir – une fois de plus, comme beaucoup d’autres – été coincée dès l’écrit à deux concours (En Fonction Publique d’État, ils peuvent encore en tenter plusieurs la même année), s’interroge sur son avenir – comme nous tous dans les bibliothèques. Elle conclue son billet ainsi :

Une précision, pour éviter la foire d’empoigne sous ce billet : la question ici n’est pas de savoir si les épreuves sont inadaptées (grand classique du débat post-concours) mais de savoir ce que feront la rédactrice de blog et beaucoup de candidats malheureux dans les années à venir. D’avance merci

http://www.liberlibri.fr/2011/03/plan-de-vol/

Depuis, son moral est remonté [http://www.liberlibri.fr/2011/04/plan-de-vol-2/], mais le nombre de commentaires (41), prouve que nous sommes nombreux à nous inquiéter. Voici celui de Toftaky :

[…] Pour obtenir un concours de la filière culturelle, il faut en apprendre la langue. Le plus important, pour moi, quand on prépare un concours de Bibliothécaire ou de Conservateur :

– Recracher la novlangue, les idées, les marottes contenues dans les organes officiels type BBF, bien s’en imprégner.

– Assister aux séminaires de type ABF, ADBDP, ADBGV pour bien s’immerger dans la doxa de nos illustres guides.

Une fois que l’on a bien assimilé tout ça, il faut se mettre dans la peau d’un cadre et ce n’est pas toujours facile non plus intellectuellement. Penser, raisonner, se projeter comme un cadre de la filière culturelle. Gommer toute aspérité personnelle afin de se couler dans le moule, il faut rassurer les jurés, leur montrer que tu es de la famille…Comme dit M. Bourrion, il faut lire tout Deleuze…

Franchement, une fois que j’ai compris tout cela, mes notes aux concours ont explosé.

Pour obtenir un concours, le talent et le travail ne suffisent pas.

Pour l’écrit de Bibliothécaire, je peux encore le concevoir, mais pour Conservateur, replacer la novlangue et la doxa bibliothéconomique sur un sujet tel que «romantisme et politique», cela me semble de la haute voltige. Sans doute veut-elle parler de l’oral ? Tredok renchéri ainsi :

Sinon, je n’aime pas les moules; On y est à l’étroit.

Parmi les premiers commentaires, Stéphanie mettait les points sur les i :

@Daniel [Bourrion], s’en foutre des diplômes et des concours, c’est faisable, quand t’en as un, de concours. Cécile a BAS, c’est super. Mais tous les contractuels, et tous ceux qui n’arrivent même pas à être contractuels, va leur dire qu’on s’en fout, des diplômes et des concours.

Je suis d’accord avec elle, étant de «ceux qui n’arrivent même pas à être contractuels», tout en ne manquant pas de diplômes : brevet des collèges, bac C, DEUG, Licence, Maîtrise, DESS et… un bac pro vente : 7 diplômes dont trois dans le domaine (mon «LMD» à moi:-) ), mais sans le concours, ça me fait une belle jambe !

Sur son blog, Nalya, lauréate 2008 du concours de bibliothécaire territorial (catégorie A) qui a bien failli se retrouver reçue-collée, s’interroge :

Cela étant dit, 2 ans et 3 mois après ma réussite à un concours valable que 3 ans, je me pose certaines questions…

Comment se peut-il que le manque d’expérience en bibliothèque soit si un grand frein à l’embauche pour un poste de responsable ? Car comment cela se fait-il que le concours soit ouvert à tout détenteur d’un bac +3 si dans la réalité une expérience est nécessaire ? Ne devrait-il dans ce cas pas être nécessaire de justifier d’un certain nombre d’années d’expérience en établissement pour pouvoir se présenter au concours ?

Cela est le cas pour assistant qualifié (qui n’a -théoriquement- pas vocation à être responsable -lol), sans que cela solutionne quoi que ce soit selon moi, tant que les épreuves restent à côté de la plaque. Avec «mon LMD», je me suis demandé en 2008 quelle année j’allais choisir pour l’équivalence de diplôme (Et oui : aucun de mes diplômes ne figuraient dans la liste officielle des diplômes pour assistant qualifié en 2008, puisque c’est un concours de catégorie B -donc, niveau Bac-… dont la liste est composée de diplômes Bac+2 ou +3 «Métiers du livre» MDR : mes Bac+3.4.5 étaient donc hors champ, et mon DEUG de biologie ne cadrait pas non plus). Quand à mes trois années d’expérience (il en manque une pour la VAE, qui n’a de toute façon de valeur que pour ceux qui ne peuvent pas faire reconnaître une équivalence de diplôme), elles ne me servent à rien compte tenu de la nature des épreuves.

Comment est-il possible qu’en ayant un nombre de poste ouverts au concours correspondant au nombre de postes disponibles sur les trois années , chaque promotion compte son lot de reçus/collés ? [En d’autres termes, ces reçus-collés sont rentrés dans le moule, mais le potier les a oubliés au fond de son four – NDLA : j’ai quelques bons souvenirs de la Maison de la céramique à Mulhouse] Et pourquoi n’avons-nous pas accès à la liste de ces fameux établissements comme c’est le cas dans d’autres concours de la fonction publique ?

Je suis sûre qu’il y a de très bonnes réponses à toutes ces questions (ou pas), et je serais très curieuse de les entendre si vous avez des éléments de réponses.

Moi aussi, je suis curieux de découvrir ces réponses… même si je soupçonne tout simplement le cynisme des recruteurs :

Olivier Tacheau, sur son blog http://tacheau.wordpress.com/2009/10/01/statut-et-metier-la-quadrature-du-cercle/, s’interrogeait sur la distinction à apporter entre statut et profil de poste. Je ne reviendrai pas sur la lamentable manie qu’ont trop souvent les responsables d’établissement de recruter des Bac+5 pour occuper des postes de manutention (l’apparentement intellectuel ressenti lors du recrutement peut créer des désastres tant sur le plan des insatisfactions personnelles que des relations attendues avec le public), ni sur cet état de fait qui consiste à constater la surqualification, et pire la sur-responsabilisation, d’agents sous-payés en charge de responsabilités bien au-delà de leurs responsabilités statutaires et surtout de leur salaire.

Statut, métier, emploi (encore…) cid:op.mhtml.1302103673772.d9f98f74197da5f5@192.168.4.130

Cynisme bien intégré par les candidats souhaitant augmenter leur expérience :

stage, stage, stage. J’ai une copine dans la même situation que toi, elle multiplie les stages non payés ou des remplacements quand elle trouve. Ça lui permet d’être en contact avec les personnes qui recrutent et de ne pas se faire oublier lorsqu’il y aura un poste! Bon courage

http://nalya.canalblog.com/archives/2009/10/06/15327807.html

Si on peut se permettre de ne pas être payé à 22 ans (merci papamaman), à 36, on aimerait bien (commencer à) vivre de son métier : stages non payés et CDD sous-payés en bib ou ailleurs, j’ai déjà donné.

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