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Office ou club de lecture (2)

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Club de lecture et Office sont deux processus qui n’ont rien à voir.

Club de lecture ou office?

Tout d’abord, un club de lecture s’occupe rarement de l’ensemble des collections d’une bibliothèque, même de taille modeste. Il s’agit le plus souvent de la réunion d’abonnés passionnés d’un domaine, encadrés par un professionnel. Chacun lit des livres et partage avec les autres ses impressions de lecture. On peut même envisager que ces impressions soient ensuite publiées sur un blog, voire un site d’agrégation de critiques (Babelio, Sens critique…), mais aussi, pourquoi pas, dans une lettre d’information papier lisible dans les murs de la bibliothèque, ou encore comme une rubrique récurrente de la gazette municipale, ou mieux, tout cela à la fois.

Cela n’interdit pas de monter plusieurs clubs de lecture : celui des passionnés de polar, celui des passionnés de mangas, ou pourquoi pas, celui des passionnés de jazz, etc (répétons-le, une bibliothèque, ce ne sont pas que des livres :-)), ou encore un club orienté sur un public particulier : club de lecture ados, etc.

Dans tous les cas, gardons en mémoire que, comme toute animation, un club de lecture nécessite de dégager des moyens, notamment humains. Il ne s’agit pas de confier les clés de la bibliothèque à des lecteurs qu’on laisserait entre eux. Cela nécessite des compétences, non seulement d’animation (un café philo n’est pas un pugilat à la Droit de réponse –Michel Polac– : le rôle de l’animateur est primordial), mais aussi rédactionnelles, surtout si on laisse une trace en ligne, comme le préconise Bertrand Calenge :

Or une vraie médiation encourage la critique, la préférence, la passion, le débat. Je suis intimement persuadé qu’il faut créer ou rejoindre les espaces du débat, ailleurs : des blogs – de bibliothèques ou de partenaires -, des sites de passionnés – bibliothécaires ou non -, des propositions d’opinions argumentées, positives ou négatives (en ligne mais aussi dans la bibliothèque)

Cela n’empêche pas les personnels de rédiger eux aussi de vraies notes de lecture, indépendamment ou en synergie avec le club de lecture, C’était le sens de mon billet sur Aya de Yopougon :

produire un vrai contenu, et non se contenter d’agréger : on peut critiquer négativement un titre, le mettre en scène, proposer dialogues et réactions, et pourquoi pas instances de débat…

D’autre part, un club de lecteurs n’est pas une commission d’acquisitions. Son rôle n’est pas de régir les acquisitions de la bibliothèque, mais d’abord d’offrir un espace d’échanges entre passionnés. Si des idées d’ouvrages à acquérir émergent, elles ne sont qu’une source parmi les autres pour le professionnel responsable des acquisitions, au même titre que les suggestions d’acquisitions du lecteur lambda ou que les critiques de revues/sites spécialisés. La place relative à donner aux suggestions du club de lecteurs reste à la discrétion du professionnel acquéreur et en dernier ressort, du directeur. Ce qui compte, c’est la politique documentaire qui a été élaborée et validée.

Quelqu’un qui souhaiterait organiser un « comité de lecture » doit donc bien faire la différence. Si le groupe concerne exclusivement des bibliothécaires, salariés et bénévoles, on parlera d’office. On est dans le cadre classique des acquisitions, avec une répartition des rôles très précise : suggestions des collègues, liste d’acquisitions du responsable d’un secteur, signature du bon de commande par le directeur. Si le groupe comprend des personnes extérieures au personnel de la bibliothèque, ce sera un club de lecture. Donc, une animation, ni plus, ni moins importante que les accueils de classe ou une exposition du club de photos de la commune voisine. Si plusieurs personnes du personnel figurent parmi les passionnés, rien ne les empêche de participer. C’est exactement la même chose qu’un bénévole de la bibliothèque qui peut participer par ailleurs au club de photos cité ci-dessus. Si un élu qui a sa carte d’abonné veut participer, rien ne s’y oppose non plus, mais en tant que lecteur et pas d’élu.

Adjoint à la culture : Non-professionnel souhaitant confisquer à son profit une partie du pouvoir en matière de pilotage de la bibliothèque, sous le fallacieux prétexte qu’il a été élu pour cela.

Dictionnaire [du diable] des bibliothèques

Rien à redire à cette définition (en tenant compte du ton iconoclaste du dictionnaire du diable), mais c’est quoi, « cela »? La réponse est dans la définition : le pilotage. Le rôle des élus doit se cantonner aux grandes orientations de la bibliothèques. Ainsi, il est utile que la politique documentaire soit validée en conseil municipal puis signée par le maire. Rien n’empêche la participation d’un élu à l’élaboration de cette même politique documentaire. Mais celle-ci engage les collections pour une période sans rapport avec un mandat électif. Cela est donc déjà plus contestable, même dans le cadre d’un groupe de travail structuré. Qu’un élu se mêle d’acquisitions au jour le jour, même si aucune loi ne l’interdit, et on s’expose à un risque potentiel de dérapage ou de conflit d’intérêt, à la réprobation du camp de l’opposition au conseil municipal, et au questionnement légitime des électeurs, dont l’impôt est le premier financeur de l’équipement municipal appelé bibliothèque. Est-ce que les élus mettent au point le calendrier événementiel d’une salle de spectacle, même si aucune loi ne l’interdit ? Non, ils laissent cela à des professionnels. Pour les acquisitions, c’est la même chose.

En résumé, l’office est l’affaire des professionnels, le comité de lecture est une animation pour les lecteurs. Il n’existe aucune autre forme possible de « comité de lecture ». Cependant, quand une compétence pointue se présente, pourquoi la laisser filer? Un jour, un lecteur féru de Jazz s’est présenté dans mon ancienne bibliothèque. Après quelques échanges, nous lui avons demandé de nous concocter une liste de suggestion de CD de Jazz. En effet, personne n’avait cette compétence dans l’équipe. Cela doit néanmoins rester ponctuel.

Le club des lecteurs n’est pas la seule manière d’impliquer les lecteurs, de créer du lien social avec eux. Xavier Galaup donne un certain nombre dexemples de co-création de services, comme WikiBrest.

Il s’agit bien de favoriser la participation des usagers aux activités de la bibliothèque soit en enrichissant les activités existantes soit en créant les activités qu’ils souhaiteraient y trouver.
Nous pourrions inciter des usagers inscrits à raconter des livres ou transmettre le contenu d’autres documents qu’ils ont aimé autour d’eux puis les prêter en expliquant qu’ils viennent de la bibliothèque. A la manière du bookcrossing, il est tout à fait envisageable d’organiser une circulation de documents via ces usagers sans passer par la bibliothèque. L’objectif est de désacraliser l’image de la bibliothèque en d’en faire un lieu utile à tous et dont l’usage peut être quotidien.

Enfin, Silvère Mercier a proposé un jour de fusionner office et club de lecture. En fait il parlait « d’une infime partie des collections », ce qui revient à un club de lecture sur un thème particulier. « La place relative à donner aux suggestions du club de lecteurs reste à la discrétion du professionnel acquéreur« . Celui-ci peut donc décider à priori d’intégrer l’ensemble des suggestions du club dans son listing. Ainsi il s’agit d’un club de lecture classique.

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