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Le sens de ce blog 4 : considérations stylistiques

La recherche d’emploi et la préparation des concours sont venus s’ajouter aux thèmes inspirant mes billets. Ce soir, je viens de prendre conscience que toute cette veille, active car en vue d’écriture, constitue une excellente préparation à ces concours. Je suis comme M. Jourdain, je me préparais sans le savoir!

La manière d’écrire dans un blog est très différente d’une dissertation ou une note de synthèse. L’écriture sur écran et l’écriture sur papier diffèrent énormément.

Cependant il y a une différence avec les épreuves de concours. Cette veille étant plus productive parce que tendant vers un but (le blog) moins abstrait que « le concours », la mémoire est stimulée plus efficacement. Néanmoins, la manière d’écrire dans un blog est très différente d’une dissertation ou une note de synthèse. Au delà de la contrainte de temps, l’écriture académique recouvre un ensemble de règles qui confine à l’Oulipo : un paragraphe par idée, un argument et un exemple par paragraphe, deux ou trois grandes parties selon des plans types,  avec des transitions convenues, l’introduction et la conclusion chacune en deux parties, notions d’annonce du plan pour la première et d’élargissement du sujet pour la deuxième. Pourquoi ne pas demander aux candidats de rédiger leur texte en alexandrins et sans utiliser la lettre E en prime? Et au travers de ce carcan, il faut arriver à dégager une problématique et montrer une progression de la réflexion. Les idées sont convenues, la forme est convenue, et il faut pourtant se démarquer des milliers de candidats qui se sont prêtés au même exercice.

Je n’ai pas l’impression d’être un neu-neu quand je manie la langue française, sans pour autant prétendre être un génie (sur un CV cela est appelé modestement «capacités rédactionnelles»). Que ce soit pour la rédaction de comptes-rendus de réunions ou celle d’un article pour la gazette municipale ou encore la mise en œuvre d’affichettes, de news, de plaquettes, personne ne m’a dit que je m’y prenais comme un manche, c’est même plutôt l’inverse. Bien sûr, chacun de ces modes d’expression a ses propres codes, ses propres règles, mais autorise le plus souvent la créativité. Surtout, ce sont des réalisations quotidiennes, ce qui permet d’en murir les pratiques. Quel bibliothécaire rédige des dissertations dans le cadre ses fonctions? En quoi savoir faire de belles notes de synthèse bien académiques, aide à concevoir un livret du lecteur, un règlement intérieur ou une charte d’utilisation d’Internet?

Puisque les bibliothécaires sont censés aimer la lecture, ils sont censés être confrontés à de multiplies manières d’écrire : Est-ce que Proust, Kant ou Levi-Straus font des paragraphes types selon des plans types ? Il me semble pourtant que leur pensée est structurée et que cela transparaît dans leurs écrits? Lorsque Rousseau ou Cuvier rédigeaient des textes en réponse à des concours d’académies, faisaient-ils thèse-antithèse-synthèse ? Depuis le XVIIe siècle et « Le Journal des sçavans », les codes de la dissertation sont-il d’une quelconque utilité pour les scientifiques qui publient dans les revues « à comité de lecture », en anglais qui plus est ? Lorsque je feuillette « Le Monde » et la presse en général, les articles ne me semblent pas une succession de notes de synthèse (ce qui serait terriblement barbant). Le grand nombre d’exemples que viens d’énoncer dans ce paragraphe est un procédé stylistique appelé accumulation : c’est interdit dans une dissertation, encore plus dans une note de synthèse, de même que les termes comme « barbant », ainsi que l’utilisation de la première personne moi-je. J’ai vraiment tout faux!

Mes billets mûrissent dans un document structuré

En outre, l’écriture sur écran et l’écriture sur papier diffèrent énormément. Mes billets mûrissent dans un document structuré, avec titres et sous-titres visibles sur le côté. Le copier-coller ne sert pas qu’à reprendre des citations ou des adresses Web, il sert aussi à revoir une formulation, à intervertir des paragraphes, des idées… On peut ainsi rédiger dans le désordre volontairement, laisser un paragraphe pour y revenir plus tard, etc. Cela n’empêche pas le document d’être mentalement structuré : je continue à fonctionner comme je l’ai appris à l’école ; Je jette mes idées en vrac sur l’écran, je les agglomère, les associe avec CTRL C, CTRLV. J’aboutis à un plan de plus en plus structuré. Ensuite je n’ai plus qu’à habiller le squelette avec sujet, verbe, complément. J’appris à fonctionner de la sorte en rédigeant mon mémoire de maîtrise. Alors il ne s’agissait pas de remplir une ou deux copies doubles, mais une centaine de pages plus les annexes. On dit que l’ordinateur a fait exploser la consommation de papier, à cause de l’usage immodéré de l’imprimante, à chaque version d’un document. Je pense que c’était une phase transitoire. Personnellement, je n’imprime presque rien : il faut vraiment que le destinataire n’ait ni mail, ni ordinateur.

Inversement, avec le papier, on doit suivre l’ordre de la feuille, ne rien oublier. Quand on élabore un plan, on ne peut pas tout rédiger au brouillon. Ce qui est écrit le reste, gare aux ratures! Que celui qui ne s’est jamais retrouvé avec une phrase tarbiscotée parce qu’il a commencé une ligne sans savoir comment la finir à cause d’une idée de formulation meilleure qui lui est venue entretemps, me jette la première pierre (non là j’ai fait exprès 🙂 ). En plus, je tape plus vite avec un clavier que je n’écris avec un crayon.

La Chine impériale a instauré les concours pour recruter ses fonctionnaires bien avant la France. L’idée de départ était la même : une égalité des chances et de traitement. Cela permettait de recruter les meilleurs éléments, indépendamment de l’origine sociale. Pourtant, le système, après quelques siècles, s’est grippé et a conduit à un mandarinat sclérosé. Le recrutement endogamique dont souffrent nos bibliothèque ne serait-il pas le signe que la France a atteint ce stade ?

Graal, dans un édito du portail territorial.fr ne fait que confirmer cette impression :

J’avoue ne pas comprendre les critères sur lesquels sont jugés à l’écrit les candidats des concours de l’État. Les bras m’en tombent quand j’apprends que des professionnels comme Cécile Arènes (Liber, libri), dont l’approche la réflexion autour du métier sont si pertinentes, ne parviennent pas à franchir la barrière de l’écrit aux concours de catégorie A de l’Etat. Je ne le comprends pas et je trouve cela inquiétant car cela vient confirmer ce sentiment d’inadéquation entre les représentations et la réalité du terrain, entretenue par une funeste endogamie au niveau du recrutement.

Au lieu de mes études de biochimie et d’info-doc (bac+5), j’aurais du faire Sciences-Po et l’ENA, quand le commun des mortels est surpris d’apprendre qu’il existe des études pour devenir bibliothécaire!

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