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Dans les profondeurs du lac de Guerlédan

Guerledan

Alimenté par le Blavet et situé sur un tronçon du Canal de Nantes à Brest, le lac artificiel de Guerlédan est la plus grande retenue d’eau douce de Bretagne. 51 millions de m3 d’eau s’étalent le long de ses 12 km de longueur sur une superficie de 400 ha avec une profondeur de 40 m en son centre et beaucoup plus dans les anciennes carrières d’ardoise englouties. Son nom vient du breton Gouer ledan soit « le ruisselet large ».


Survol du lac de Guerlédan par OuestFranceFR

Le mois dernier, je suis allé au fond du lac. Je n’ai eu besoin ni de palmes, ni de bouteilles.

Le lac est vidangé tous les dix ans depuis la construction du barrage. Les dernières ont eu lieu en 1966, 1975 et 1985. Certains anciens s’en souviennent encore. L’assec de 2015 est exceptionnel à double titre : il n’y en a pas eu depuis trente ans, et ce sera peut-être le dernier grâce aux travaux effectués en ce moment. Les vannes ont été ouvertes pour vider le lac entre mars et avril et ce dernier sera remis en eaux à partir de novembre prochain. Découvrez l’abaissement des eaux en accéléré grâce à une vidéo de l’édition du soir de Ouest France.

Du fait de la vase encore meuble les premiers temps, des accidents se sont produits, avec intervention d’hélicoptères. Les autorités ont donc décidé d’interdire l’accès au fond du lac sans être accompagné d’un guide. La nôtre s’appelait Lucie :

Lucie, notre guide. En contrebas, un autre groupe. C’est elle qui nous a expliqué ce qui constitue l’essentiel de ce billet

L’idée d’un barrage sur l’écluse de Guerlédan en travers du Blavet date des années 1920, à l’initiative de Joseph Ratier, sous-préfet de Pontivy de l’époque. Le sous-préfet qui a peu de soutiens politiques peine à convaincre les décideurs à cause du caractère inédit du projet : 45 m de haut pour 206 m de long. Il n’y a que quatre barrages d’une telle taille en France, et celui-ci devra en plus produire de l’électricité. Grâce à l’intervention de l’ingénieur Auguste Leson, la construction débute finalement en 1923 et l’ouvrage sera inauguré en 1930. Le projet comportait aussi un ascenseur à péniche comme on peut en trouver dans l’Est, mais le nombre de mariniers ayant déjà considérablement baissé avec la concurrence du chemin de fer, l’idée a été abandonnée.

Le lac rempli aujourd’hui trois fonctions :

  1. La production d’électricité : à l’origine la production de 15 MW de la centrale hydro-électrique couvrait les besoins annuels du Morbihan, des Côtes d’Armor et d’une partie du Finistère. L’explosion continue des besoins en énergie durant tout le XXe siècle a fait qu’elle ne couvre plus que les besoins équivalents d’une ville de 15000 habitants.
  2. Les activités nautiques et touristiques : randonnées, pêche, plaisance, kayak…
  3. L’alimentation en eau potable : la retenue de Guerlédan s’inscrit dans un réseau d’eau potable souterrain d’échelle départementale (et en surface, le Blavet continue sa course jusqu’à la rade de Lorient, tandis que le Canal de Nantes à Brest rejoint la Vilaine à Redon, via l’Oust)
Autoroutes de l’eau du Morbihan (Ouest France) : les différents réservoirs du département sont reliés par 7 300 km de canalisations enterrées.
1er barrage construit en béton en France, Guerlédan a été installé sur une écluse (en bas à gauche). Ne pouvant utiliser de béton armé, sensible à l’humidité, les ouvriers ont progressé par coffrages successifs : on voit encore les différentes tranches à la surface du barrage. En haut à gauche, on distingue les quatre conduits d’où part l’eau vers la centrale située en contrebas. En bas à droite, on devine l’emplacement en travaux des deux vannes de vidange du lac.
(Cliquez pour agrandir)

Sans eau dans le lac, les trois fonctions s’arrêtent : cela représente un coût, outre l’opération de vidange elle-même et les travaux sur le barrage. Cela explique que ces opérations soient le plus espacées possible. Pour 2015, le programme a été préparé deux ans à l’avance : information des acteurs du tourisme, reroutage de l’eau potable, arrêt de la station électrique, déroulement de la vidange proprement dite avec gestion du débit et récupération du poisson. En effet, les plus gros (brochets et silures) ont été attrapés et répartis dans les plans d’eau des environs, tandis que les plus petits ont été vendus localement. 13 tonnes de poissons seront réintroduits après le ré-emplissage de la retenue et la pêche pourra reprendre fin 2017.

C’est pour vérifier régulièrement et éventuellement réparer le barrage qu’il est parfois nécessaire de vider le lac. Entre deux vidanges, des inspections sont menée de façon sub-aquatique. Il est aussi possible de procéder à des vidanges partielles pour évaluer le haut de l’ouvrage. En 2015, on va en profiter pour :

  • Effectuer la réfection de la paroi du mur habituellement immergée pour garantir son étanchéité à long terme
  • Rénover et moderniser les deux vannes du fond du barrage et des conduits
  • Poser un dispositif de fermeture des conduits de fond pour permettre d’assurer, par la suite, la maintenance de ces conduits sans vidange du lac. C’est pour cette raison qu’un nouvel assec n’est sans doute pas près de se reproduire après celui de 2015.

C’est donc la dernière occasion avant longtemps de découvrir les abris de carriers, les carrières de schistes, les 17 écluses, les maisons éclusières et plus globalement les paysages qui ont été immergés il y a 75 ans.

La vallée creusée par le Blavet est en grès armoricain (un type de granit, à ne pas confondre avec le granite, la roche plutonique) au sud, côté Morbihan, et schisteuse au nord, côté Côtes d’Armor. C’est un schiste particulier (ordovicien) dans lequel on trouve de grands cristaux de chiastolite aussi appelés macles, en forme de grands losanges. Ce sont eux qui ont inspiré les armoiries de la famille de Rohan, originaire de la région.

Blason des Rohan : De gueules à sept macles d’or, posés 3, 3, 1

Le canal et les ardoisières ont évolué en parallèle. Construit par Napoléon Bonaparte pour faire face au blocus de Brest par les Anglais, le canal n’a pas eu le temps de jouer son rôle militaire. En revanche, il a eu un rôle commercial, notamment dans le fret des ardoises. Tout le nord de la Vallée a été exploité pour son schiste. A la grande époque, une certaine émulation existait entre les différents puits, creusés de façon anarchique, car chacun pouvait forer son trou dans son coin : on recense environ 70 puits sur 15 km. Le jour de la paie, les gueules bleues (mineurs d’ardoises) et les fendeurs (qui taillaient la pierre en lamelles et avaient le teins halé des travailleurs de plein air) allaient dépenser leur argent au bar… dont le propriétaire était aussi celui des mines : ce qu’il donnait d’un main à la fin du mois, il le récupérait de l’autre dans sa taverne. C’était par exemple le cas du Café de Suzanne Thomas (maison Kermadec à Tregnanton), qui faisait aussi épicerie et avait une boulangerie attenante avec un four à pain : son mari possédait plusieurs hectares de la vallée. C’est le même système pervers qu’on peut voir dans les westerns qui se déroulent sur fond de ruée vers l’or.

« Pendant la ruée vers l’or, ce ne sont pas les chercheurs d’or qui se sont le plus enrichis, mais les vendeurs de pelles et de pioches. »
(Citation remontant aux années 1800, lors de la ruée vers l’or de Californie)

A partir de 1850, la concurrence du chemin de fer a fait baisser l’activité du canal, tout en amenant la concurrence des ardoises d’Angers (Trélazé) puis d’Espagne, moins chères. Ardoisières et transport fluvial ont décliné de concert, jusqu’à ce que le barrage coupe le canal en deux et que le lac inonde les mines d’ardoises, profondes de 50 à 70 mètres sous le niveau du fond de vallée. L’activité a alors évolué vers le nautisme et l’hydroélectrique qu’on connait aujourd’hui.

Sept accès de différentes sortes émaillent le pourtour du lac où vous attendent les guides : – 7 accès panoramique combinés à : – 4 qui sont accessibles aux personnes à mobilité réduite – 4 qui permettent aussi de descendre au fond du lac

Sur mes photos, on voit très bien la limite de l’eau : c’est là où les arbres ont encore des feuilles. En dessous, l’absence d’oxygène gazeux a pétrifié les troncs. Depuis le retrait des eaux, des herbacées ont commencé à conquérir les zones nouvellement découvertes. Les bateaux, encore liés à leur corps-mort ou leur ponton, attendent une marée montante qui ne reviendra que dans… cinq mois!

Les drones apportent un autre point de vue du site. J’ai sélectionné deux exemples représentatifs sur la toile :

D’autres photos et vidéos :

Les trois offices de tourisme qui gèrent les abords du lac :

La culture scientifique et technique, tout comme la culture tout court, ce n’est pas que dans les livres. CCSTI, centres culturels, écomusées, musées et muséums, aquariums, planétariums, département médiation des universités, médiathèques… Il y a forcément des endroit intéressants près de chez vous, comme l’est Guerlédan près de chez moi!

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4 commentaires sur “Dans les profondeurs du lac de Guerlédan”

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