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La biblioblogosphère, belle assoupie?

Sur son nouveau blog, alors vieux de moins d’un mois, Daniel Bourrion a partagé ses interrogations sur la place déclinante des blogs dans la veille pro des bibliothécaires. J’en ai été saisi par le syndrome de la page blanche, au point que je n’ai rien écrit depuis deux semaines (bon, c’est aussi parce que je poursuis les réparations des problèmes techniques entraîné par le déménagement).

Les dinosaures de la biblioblogosphère sont fatigués

Pour être plus précis, il remarquait une baisse dans la fréquence de publication de billets de blogs qu’il suit, et se demandait pourquoi les anciens publient moins, tandis que les nouveaux ne semblent pas nombreux à se lancer. Après s’être demandé si les réseaux sociaux n’avaient pas pris l’ascendant, il concluait :

est-ce que le blog comme forme d’échanges et de réflexions pro est mort ?

Quelques indices me semblent aller dans ce sens :

  • Qu’en est-il des nouveaux? Bibliopedia recense à ce jour 99 blogs personnels de bibliothécaires, ce qui en fait le plus gros groupe de blogueurs du métier comparé aux archivistes (16), aux documentalistes (30), aux chercheurs (7) et étudiants (individus et promos : 28) en SIB. La question est : quelle est la part de blogs nouvellement créés? Bibliopedia ne donne pas la réponse (à moins de fouiller les archives des versions de l’article Biblioblogs?). Selon Jean François Lutz, 74 biblioblogs y étaient recensés en sept 2007 et le premier fut celui de Nicolas Morin en 2003 (la BU d’Angers, déjà!). En résumé :
    • +74 entre 2003 et 2007 (en quatre ans),
    • +25 entre 2007 et 2012 (en cinq ans). Il y a bien un effet de plateau.
  • Si les études sur la BBS ont été nombreuses par le passé (2006, 2007, 2008…), la dernière date de 2009. Ce n’est pas bon signe non plus.

Malgré tout, les lecteurs du billet de Daniel apportent d’autres éléments de réponse au long de 26 commentaires. Parmi eux, Hubert Guillaud, qui appelle les anciens des dinosaures, par opposition aux débutants :

Les dinosaures sont effectivement fatigués. Plus sollicités, ils ont moins le temps. Ils ont aussi perdu l’enthousiasme et la naïveté des débutants

Le 26e commentaire est le mien :

Concernant l’activité blogistique des dinosaures, dont je pense faire partie, je rejoins Hubert Guillaud quand il explique qu’on n’a plus envie de passer du temps à écrire un énième billet sur certains marronniers, ou sur des thèmes qu’on a déjà traités. Pour autant, si certains sujets s’épuisent parce qu’ils sont passé de la spéculation à l’activité quotidienne comme le dit Virginie (ainsi la diffusion des blogs d’institutions 😉 ), d’autres sources d’inspiration prennent le relais, prenant en compte les tendances plus globales que notre capacité à prendre du recul nous permet de percevoir, dont les exemples donnés par Anarois. Pour ma part, je continue aussi à écrire sur les fondamentaux, comme par exemple un billet pour définir l’open data, laissant par des liens la possibilité au lecteur d’approfondir sur d’autres sources les débats autour de cette notion. Mon dico du webmaster vise le même objectif.

Une autre source d’inspiration est d’élargir sa veille à d’autres communautés que celle des biblio. Ainsi, je me suis inscrit au premier Mooc francophone, ITyPA, consacré aux environnements personnels d’apprentissage (EPA), jusqu’au 13 décembre 2012. Environ 1300 personnes y sont inscrites, avec pour objectif de produire du contenu qui profite à tous, selon l’idée que les connaissances sont apportée par les apprenants eux-mêmes. L’approche de ces personnes d’horizons divers m’apporte souvent un éclairage inédit sur des problématiques dont je croyais avoir fait le tour. Par contre, j’ai été saisi par le fait qu’en seulement dix semaines, les participants actifs sont passés de l’enthousiasme du néophyte à une posture de vieux routard de l’information. Il ont suivi en accéléré l’évolution que nous autres dinosaures avons éprouvé sur plusieurs années. Eux aussi en arrivent maintenant à envisager avec une grande maturité les avantages comparés des différents moyens de veille et de curation, des blogs à la social search. Ils deviennent aussi moins enclins à tester de nouveaux outils maintenant qu’ils pris leurs habitudes avec ceux qu’ils ont choisis.

Allez, on se réveille!

Il y a plus d’un an, j’avais écrit une série de billets sur mes pratiques informationnelles et ce qu’on appelait pas encore EPA. Je les ai relus dernièrement et me suis rendu compte qu’ils sont encore globalement valables. Les seuls changements intervenus depuis concernent… mon usage des réseaux sociaux qui me servent maintenant de source complémentaire dans ma veille métier, alors qu’au début mes profils me servaient surtout à diffuser. De plus, je constate que certaines discussions se déplacent des commentaires du blog vers les commentaires dans les réseaux sociaux suite au relais d’un billet sur ces derniers : principalement sur Facebook et Linked-In dans mon cas. Mes autres outils sont restés globalement les mêmes, à l’exception notable de Scoop-It (je n’ai toujours pas migré de Netvibes vers Google Reader et je ne fais toujours pas de social bookmarking). Les participants du Mooc m’ont fait découvrir de nombreux outils, qui peuvent être utiles à des personnes démarrant un EPA, mais je ne leur trouve pas réellement de valeur ajoutée par rapport à ceux que j’utilise déjà, dans la mesure où mon EPA est établit de longue date. En revanche, imperceptiblement, la ligne éditoriale de mon blog et les objectifs que j’assigne à celui-ci ont considérablement évolué sur la durée. Si j’étais resté sur mes objectifs de départ, mon blog serait passé en stand-by depuis longtemps. C’est ce qui doit arriver à certains dinosaures, même aux meilleurs, n’est-ce pas Daniel?

Une autre phrase d’Hubert Guillaud m’avait fait réagir dans un premier commentaire :

« nos abonnements privilégient les plus anciens sites sur les nouveaux – et on voit toujours moins les nouveaux que les plus anciens qu’il faut aller repérer, suivre, s’abonner… (effort supplémentaires que nous sommes loin de faire). Mais j’en découvre toujours de nouveaux qui prennent le relais, même s’ils sont souvent moins visibles…  »
C’est tout à fait vrai et j’en fais les frais. Suite à une panne définitive due à mon ancien hébergeur, j’ai déménagé mon blog en octobre. Or les flux flux RSS de mes anciens abonnés (environ 260) pointent toujours vers le site en panne, sans que j’aie aucun moyen de les avertir du déménagement. Je me retrouve donc dans la situation d’un blog qui aurait été nouvellement créé, avec une fréquentation qui commence à décoller, mais dont les abonnements, eux ne décollent pas. Je n’en veux pas aux bibliolecteurs, dont je suis, car après une recherche méthodique de blogs à mes débuts, je n’ajoute que ponctuellement de nouvelles sources, souvent découvertes par sérendipité (c’est ainsi que j’ai découvert RJ45 récemment, alors qu’il existe depuis la rentrée). Je signale donc un «nouveau» blog, quoiqu’avec plus de deux ans d’archives : https://infodocbib.net/. J’ai déjà fait le nécessaire sur Bibliopédia, mais entre nous, qui visite régulièrement la page consacrée aux biblioblogs? Elle sert surtout au moment de la mise en place d’un environnement d’apprentissage par les nouveaux, mais on n’y retourne que peu par la suite, moi y compris.

Or si les nouveaux se font rares à intégrer des blogs à leur EPA, tandis que les anciens s’en tiennent à leurs sources habituelles, quelle chance infodocbib.net a-t-il de retrouver son audience d’avant octobre?

Le réveil est particulièrement brutal, en définitive

A deux mois du RSA, je m’interroge sur l’utilité de cette débauche d’énergie que je déploie depuis trois mois que j’ai été forcé de déménager mon blog. A quoi bon le rafistoler et écrire encore des billets quand je ne serai bientôt plus assez riche pour me payer des cafés au Mac Do du coin? La perspective que Deleuze redevienne lointain n’est vraiment pas réjouissante.

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3 commentaires sur “La biblioblogosphère, belle assoupie?”

  1. Non, là c’est une erreur de ma part, j’ai oublié de ne garder que le mois au lieu de la date complète dans le lien. Idem avec Deleuze. Symptomatique oui, indirectment. Merci pour l’info, j’ai donc corrigé. Peux-tu en dire plus à propos de Twitter?

  2. Sauf rares exceptions, la veille professionnelle laisse beaucoup à désirer (malheureusement). J’y passe bien moins longtemps qu’avant sur les blogs, encore moins sur Twitter. Je ne m’en porte pas plus mal !

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