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Quand le commerce copie les bibliothèques

  • par Franck
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Les centres commerciaux se la jouent troisième lieu à leur tour… avec les mêmes recettes que les bibliothèques : architecture soignée, mobilier design, connexion internet à tous les étages… et pour la même raison : le commerce en ligne fait baisser leur fréquentation.

Clairement, Internet est un concurrent grave. Il faut qu’on se bouge pour que les gens, qui peuvent désormais tout acheter depuis leur canapé, continuent à se déplacer physiquement.

Mêmes causes, mêmes effets. On pourrait sans mal attribuer le propos aux tenants de la bibliothèque comme troisième lieu :

Clairement, Internet est un concurrent grave. Il faut qu’on se bouge pour que les gens, qui peuvent désormais tout lire, regarder, écouter depuis leur canapé, continuent à se déplacer physiquement.

A comparer avec leurs véritables propos  :

Les bibliothèques ne peuvent plus se contenter d’être des simples stocks de documents car internet apparaît, à tort, comme meilleur qu’elles dans ce domaine. En devenant des troisièmes lieux où les gens se rencontrent et pratiquent la culture, les bibliothèques redonneront, d’une part, du sens à leur collection et, d’autre part, redeviendront utiles à la communauté en ouvrant ainsi non seulement un espace de rencontre et de débat mais aussi un espace pour rêver et imaginer des possibles.

Comment lutter ? La réponse des centres commerciaux est la définition même du troisième lieu. Il suffit de changer « clients » par « usagers » et « achat » par « prêt » pour qu’elle s’applique aux bibliothèques :

En « valorisant les clients », dans « des 4 étoiles » lisibles, apaisants, confortables. « Vous y achetez parce qu’on n’y propose pas que de l’achat, paradoxalement. » Mais des services, de l’échange, des conseils, des animations.

Les nouveaux centres commerciaux défient le web – Ouest-France, 27 avril 2014

L’Atoll à Angers, Aéroville, près de Roissy, Les Rives de l’Orne à Caen, Alma à Rennes (de gauche à droite et de haut en bas). La France compte 750 centres commerciaux.

Évidemment, ce n’est pas le commerce en ligne qui fait baisser la fréquentation des bibliothèques (métonymie 😉 ). En revanche, le versant documentaire du réseau des réseaux a bien un rapport avec la baisse de fréquentation des bibliothèques, et dans ce versant documentaire, j’inclue non seulement les sources institutionnelles et médiatiques du Web 1.0, mais aussi les abonnements illimités qui touchent de plus en plus de pans de l’économie culturelle : Journaux scientifiques (Science Direct), Musique (Deezer, Spotify), Cinéma et séries TV (Netflix, OCS, Canal Play), Livres (Kindle)…

« la licence globale publique, que nous aurions pu instaurer par la loi dès 2006, risque d’être remplacée par des « licences globales privées », dont l’effet sera de renforcer encore la position dominante des plus gros acteurs, au détriment des titulaires de droits eux-mêmes. »

Les bibliothèques se sont souvent inspirées du commerce dans leur évolution. Les exemples sont plus nombreux qu’on ne l’imagine :

  • Le passage au libre accès aux collections dans les années 1960 était un décalque inconscient du libre service importé des USA par la grande distribution en France dans les années 1948-1963.
  • Plus près de nous, Jean-Michel Salaün introduisait le marketing (étude des publics, signalétique, communication…) dans nos institutions dans les années 1990.
  • Gallica avec son train de sénateur et ses PDF en mode image a été bousculé par Google en 2004 quand la firme de Mountain View s’est mise à numériser les livres en texte intégral.
  • La tendance s’inverse avec les caisses automatiques des supermarchés (codes barres), qui ont été quasi concomitantes des automates de prêt des bibliothèques (RFID). La RFID dans la distribution reste balbutiante alors qu’elle se généralise peu à peu dans les bibliothèques. L’effet induit, la médiation à travers les rayonnages au lieu de derrière la banque de prêt, avec badge pour se différencier des usagers, ressemble à s’y méprendre à la manière de fonctionner des vendeurs des grandes surfaces spécialisées (Boulanger, FNAC…).
  • L’extension du travail le dimanche et le soir est aussi l’indice d’un alignement sur le commerce.

J’ai été vendeur chez Boulanger, vous seriez surpris de voir le nombre d’analogies entre la vente spécialisée et le conseil en bibliothèque : l’entretien suit exactement les mêmes étapes – introduction, recherche des besoins, argumentaire, conclusion – la nature de cette conclusion étant bien entendu ce qui différencie fondamentalement les deux pratiques.

Salle de spectacle, de conférence, auditorium, cours de cuisine, de langues ou encore cafétéria, cette bibliothèque du futur, « tiers-lieu », doit être pensée comme un véritable espace culturel, (Capture d’écran equipement.paris.fr)

Avec le troisième lieu, les bibliothèques ont devancé le commerce en s’appropriant le concept les premières. C’est plutôt encourageant?

C’est toute la société qui se numérise, et je trouve intéressant que les centres commerciaux adoptent certaines des recettes que les bibliothèques inventent pour y faire face, sans même s’en rendre compte.

Odysseum à Montpellier : un centre commercial et une zone de loisirs comprenant un aquarium, un planétarium, un circuit de kart, une patinoire, un multiplex, etc … Le tout desservi par le Tramway.

<MAJ 19 11 2014 : LSA commerce et consommation>

De même que les bibliothécaires ont des revues de référence – BBF, Bibliothèque(s), Arabesques – la revue de référence des professionnels de la vente est Libre Service Actualités (LSA). Or elle consacre régulièrement des articles aux grands centres commerciaux, où la concurrence d’Internet n’est jamais loin :

Dont un article où intervient le troisième lieu :

So Ouest, un centre « antidote » au e-commerce

La grande révolution de So Ouest ? Être le premier grand centre commercial à avoir été conçu comme une réponse « en dur » au défi du e-commerce. « Pour offrir ce petit supplément d’âme qui nous permettra de prospérer face à internet », lançait Guillaume Poitrinal. Soit tout ce que les froids écrans du commerce virtuel ne peuvent offrir à l’internaute. D’où ce centre créé pour « faire sentir, faire toucher, faire voir », s’enthousiasmait le président.
[…]
Ces galeries empruntent leurs finitions et matériaux au décor d’un appartement haussmannien : plafonds moulurés, appliques, marbre, panneaux de bois. Le côté cosy culmine dans les confortables espaces de repos, derrière les hauts dossiers où l’on peut s’isoler. Tandis que les stands d’accueil au standing épuré évoquent ceux de grands hôtels.
[…]
Le visiteur reste aussi en contact avec le monde grâce à la connexion WiFi illimitée dans tout le centre. Des bornes de chargement pour son portable ou son ordinateur sont disponibles et il peut consulter la presse sur les tablettes mises à disposition aux stands d’accueil.

</maj>

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