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Fracture numérique

Les Anonymous nous donnaient rendez-vous le 25 février pour une nouvelle manif contre ACTA. Ils n’étaient pas les seuls :

[…] des évènements dans sept pays sont prévus par les manifestants. Il s’agit de l’Allemagne, l’Autriche, des Pays-Bas, de la Suède, du Danemark, de la France et de la Roumanie. La page dédiée à la France prévoit des cortèges dans pas moins de 36 villes.

Les manifestants pourront également compter sur le soutien plus ou moins prononcé de différents groupes politiques européens ou nationaux. Citons ainsi Europe Écologie, le Parti socialiste, le Front de Gauche, le Front National, Debout la République, Cap 21 ou encore le Parti pirate. Certains représentants de ces mouvements se sont ainsi joints aux cortèges qui ont marché toute l’après midi du 11 février.

http://www.numerama.com/magazine/21664-acta-nouvelle-mobilisation-generale-le-25-fevrier.html

Nous nous sommes donc retrouvés à environ 200 personnes à Rennes ce samedi : des Anonymous, des Indignés, les Jeunes Écologistes et de simples citoyens comme votre serviteur. Si les chiffres peuvent paraître faibles (nous n’étions pas légion! 😉 ), le fait que la manif soit disséminée à travers 36 villes de France a valu quelques articles dans la PQR (presse quotidienne régionale), les TV locales, et même un sujet sur France Inter dans le 7-9 WE. C’est un fait qu’ACTA n’occupe pas encore la même place dans les médias que le Salon de l’agriculture, les Oscars, la Syrie et la présidentielle… au Sénégal.

Le but est de sensibiliser les gens ailleurs que sur Internet. Car l’un des principaux problèmes avec ACTA, outre les défauts intrinsèques de l’accord, est son côté secret, même après la cérémonie de Tokyo. Ceci a inspiré l’un des slogans, en particulier lorsque le cortège est passé devant les locaux de France 3 :

ACTA ! ACTA !

Mais où sont les médias ?

ACTA, on n’en parle pas !

Le slogan scandé avec le plus de succès était le suivant :

Oui à la culture !

Et non à la censure !

ACTA, ACTA ! On n’en veut pas !

Or ce que peu de manifestants ont remarqué, c’est que le cortège est passé devant plusieurs lieux de culture dans la ville :

Partage de la culture !

Non à la censure !

ACTA, ACTA ! On n’en veut pas !

Cinéma, spectacle vivant, beaux arts, librairies, bibliothèques… Imaginez que le FBI fasse une descente à Rennes et vienne interdire des expositions dans les musées, sélectionner les livres qui peuvent être lus et qu’il détruise les autres. Imaginez qu’une police privée visite chaque maison, chaque famille, et vérifie le contenu de toutes les bibliothèques, CD-thèques, vidéothèques, etc. Et malheur au quidam prit en possession d’un livre ou d’une vidéo interdits. Imaginez qu’un représentant de cette police privée doivent être présent à chaque mariage, enterrement, célébration ou à l’anniversaire de la petite dernière, pour vérifier que la musique diffusée n’est pas soumise au droit d’auteur. Que, sur ordre d’un comité de censure international, indépendant et autogéré, le TNB ou l’Opéra ne puissent plus accueillir que les pièces agrées par le dit comité. Que le Liberté soit fermé définitivement et démoli, juste parce qu’un artiste non autorisé y a chanté. Dictature, diriez-vous. Nous ne pouvons pas laisser faire cela !

Puis vous vous dites que c’est de la science fiction : on n’est pas dans Fahrenheit 451 ou 1984 ! Dans la vie réelle, sûrement. Mais c’est exactement ce qui se passera sur Internet si ACTA est ratifié. Les fournisseurs d’accès à Internet seront de fait transformés en police privée du copyright, chargée de vérifier tout ce que transite sur le réseau, et de dénoncer tout ce qui pourrait contrevenir au droit d’auteur : même la vidéo de l’anniversaire de la petite dernière. Quand au comité de censure international, indépendant et autogéré, ACTA prévoit en effet de le mettre en place (chapitres 5 et 6) : Le Comité ACTA. Pouvez-vous laisser faire cela ? Non ? Mais si vos voisins, amis, connaissances n’ont pas même l’idée de l’existence du traité ACTA, alors il laisseront faire. C’est aux internautes aiguisés de prévenir les autres internautes et la population en général. La fracture numérique ne se situe plus tant entre ceux qui ont Internet et ceux qui ne l’ont pas. La fracture se creuse entre ceux qui savent utiliser Internet de manière approfondie, et savent reconnaître le danger d’ACTA, et les autres, qui ne vont que sur les quelques sites dont ils ont l’habitude (Facebook/Google/iTunes).

« La nouvelle fracture numérique n’est pas entre ceux qui peuvent s’offrir les machines et les services et ceux qui ne le peuvent pas, mais entre ceux qui savent les utiliser à leur avantage et ceux qui sont victimes de la surinformation. Ce n’est pas un problème entre ceux qui “possèdent” et les autres, mais entre ceux qui “savent” et les autres. »

Howard Rheingold

Ces temps-ci les référendums sont à la mode. Si un référendum pour ou contre ACTA était organisé, il n’est même pas sûr que les médias se mettraient à en parler. Allez, petite piqure de rappel :

ACTA ! ACTA !

Mais où sont les médias ?

ACTA, on n’en parle pas !

Prochaine manifestation à Paris le 10 mars.

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