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Le blues des bibliothécaires hybrides

Les meilleures choses ayant une fin, me voici de retour de mon voyage d’Istanbul à Saint-Pétersbourg en avion, bus, train, bateau… et à pied. J’ai fait de belles rencontres et j’ai des souvenirs plein la tête.

Je viens de faire un tour sur la biblioblogosphère car la veille est une partie intégrante de notre métier. Eh bien! Je ne sais pas si c’était dû au blues de la rentrée, mais les messages de septembre sont fortement emprunts de pessimisme. Jugez plutôt :

Tout a commencé avec Daniel Bourrion qui faisait part de ses doutes sur la capacité des bibliothécaires à évoluer avec leur temps :
par dbourrion le 3 September 2010

Les plus assidus auront remarqué que le rythme de Face Ecran peine à retrouver sa vitesse de croisière. Je crains qu’il n’en soit ainsi pour plusieurs mois. Deux raisons à cela :

* l’équipe Bibnum de la BUA vient de perdre temporairement 1/4 de ses effectifs : l’une des personnes qui m’accompagnent suit cette année une formation qui lui tient à coeur (ce dont je suis ravi), mais son absence crée une redistribution nécessaire du travail qu’elle effectuait, vers le reste de l’équipe. Quand on aura dit qu’en l’occurrence, le travail à se répartir, c’est la gestion du SIGB, coeur de nos outils informatiques, on aura fait comprendre que ce n’est pas une mince affaire (heureusement, Aleph est une bonne machine qui tourne bien) ;
* nous avons devant nous quelques gros projets qui s’annoncent chronophages, et réduiront d’autant le temps disponible pour en parler ;

Par ailleurs, il y a autre chose, beaucoup moins conjoncturel : j’ai de plus en plus de doutes sur l’utilité d’un tel blog. Depuis les débuts de De Tout Sur Rien (maintenant éteint), suivi de Face Ecran, je considérait mon blog pro comme un outil permettant de participer, modestement, aux évolutions des bibliothèques et du métier de bibliothécaire.

Je commence à m’interroger très sérieusement sur la capacité des bibliothèques à évoluer. J’ai l’impression qu’à de rares exceptions près, ça discute de tous les côtés, ça réfléchit, ça pense, mais ça ne bouge pas beaucoup, réellement. On colloque, on réunionne, on lit, on fait des discours d’intention, on fait je ne sais pas quoi, mais on ne bouge pas beaucoup dans un monde qui va à toute vitesse, et où nos usagers et leurs pratiques s’éloignent de plus en plus de nous.

En conclusion, j’ai l’impression que l’énergie mise dans ce blog n’a servi à rien. Et je ne suis pas pour l’acharnement thérapeutique.

Bref. Attendez-vous à ce que Face Ecran en arrive à un rythme de parution plus qu’épisodique.

Parmi les 27 commentaires, Daniel Bourrion répond à une réaction de Lola, jeune diplômée en métiers du livre :

[…] un problème d’apprentissage : parler du numérique (les blogs, le net, Facebook, etc) sur du papier à des gens qui te lisent sur du papier, c’est un peu comme… visiter la Lune sur un guide du Petit Futé… Tu vois ce que je veux dire ? Il te manque tout, les impressions physiques, le ‘faire’, le ressenti. Les outils numériques (je reprends mon image préférée, désolé) c’est comme le vélo : personne n’apprend à faire du vélo dans un livre… Il faut faire, en vrai, pour comprendre.

Bref. Je salue ton optimisme, mais je suis beaucoup plus pessimiste. Je pense qu’il y a un désintérêt profond, dans le monde des bibliothèques, pour la réalité – ce qui inclut évidemment les réseaux, mais pas seulement. Du coup, tu peux faire toute la médiation que tu veux, ça ne marchera pas : on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif…

Cela me rappelle le sous titre du blog de Lionel Dujol : « Débattre sur la bibliothèque 2.0 c’est bien, l’expérimenter c’est mieux ». Celui-ci a lu le billet de Daniel Bourrion et renchéri sur son propre blog :

3 septembre 2010 par Lionel Dujol
[…]
Période de doute pour ma part aussi …. moins sur la capacité des bibliothécaires à évoluer mais plus sur la capacité des bibliothécaires qui portent le discours de la “bibliothèque hybride” – dont je fais parti – à s’ouvrir sur toute la communauté des bibliothécaires et notamment les moins à l’aise sur cette question. Nos blogs, notre veille partagée via twitter ou le bouillon, nos collaborations sur bibliopedia …. ne s’adressent au final qu’à une communauté d’initiés, qu’à une ultra minorité de collègues. Ce qui ne fait que renforcer le fossé et j’avoue être assez mal à l’aise avec cela.

Au final nos collègues bibliothécaires sont il réellement incapables  d’ évoluer ou est-ce nous, le club des zhybrides” qui sommes incapables de nous adapter ?

Quand je pense que l’on parle de remplacer biblio.fr par un réseau social ….

Parmi les 22 comentaires, on trouve un lien vers liberlibri qui, indépendamment avait projeté un billet dans la même veine :

Anti-résolutions de rentrée
Par liberlibri le septembre 3rd, 2010

Le billet devait paraître mercredi prochain mais au vu de ce que Daniel vient de publier et au vu de la réponse de Lionel, je me dis qu’il est peut-être bien qu’il paraisse dès ce matin. A noter que j’ai énormément poli ce billet qui était au premier jet beaucoup plus désabusé…
Update 9h40 : voir aussi chez Alain.
***
Cette année,
– je ne publierai pas de billet hebdomadaire : lassitude de cette interrogation récurrente « qu’est-ce que je vais pouvoir donner à manger au blog ? ». et surtout « à quoi sert ce temps passé ? »
– ça ne veut pas dire pour autant que je ne posterai pas de temps à autre, vous pouvez donc encore conserver le flux de Liber, libri, m. : livre dans vos agrégateurs,
– je n’accepterai aucune intervention à l’extérieur : elles me demandent beaucoup trop de temps de préparation, temps que je dois impérativement préserver jusqu’en juin – si ce n’est plus,
– je me mettrai momentanément en sommeil des groupes de travail à certains moments de l’année : désolée les hybrides mais ce sera vraiment passager, c’est promis 😉 ,

A la fin de cette année,
– je me déciderai ou pas à supprimer/transformer/rénover/déménager ce blog,
– je verrai comment je redéfinis ma présence numérique, ici ou ailleurs,

Pourquoi ?
– parce que j’ai plein de nouvelles perspectives et que j’ai envie de revenir à ce qui me passionne vraiment,
– parce que j’ai consacré beaucoup de temps ces dernières années à explorer puis à promouvoir le web 2.0. Je continuerai bien sûr à me servir des outils, ils sont indispensables au quotidien numérique, mais  j’occuperai les moments de veille vespérale à autre chose,
– et surtout, parce que le temps, ça se prend ou ça se perd…

Parmi les commentaires,  figure aussi celui de Pascale Leborgne :

Convaincre prend beaucoup de temps ! Ca fait 10 ans que la collectivité qui m’emploie regarde avec circonspection la montée en puissance du Net et des réseaux sociaux… on est dans l’Administration, et les projets sont montés avec une lenteur (renversante parfois) qui est en contradiction avec la réactivité du net… Et aussi la « crainte » de nos élus – voire de notre direction – de devoir admettre notre créativité, la spontanéité de nos initiatives, la fluidité de nos idées, et les nouvelles propositions des acteurs de terrain que nous sommes. Sans oublier que les publics auxquels nous nous adressons -les virtuels, mais aussi les réels dans toute leur diversité – sont aussi des acteurs potentiels puisque réactifs, et donc les Décideurs (financeurs employeurs) ne sont pas toujours (euphémisme) enclins à se voir interrogés, bousculés, remis en question, interpellés ou tout simplement sollicités sur leur pratique, leur choix, leurs Plans et autres projets dans une « boîte vivante » telle que le Net. Et les PROFESSIONNELS le sont-ils ??? Au quotidien, les pratiques du net sont encore pas mal verrouillées, ET les pratiques techniques encore encombrées d’obsolètes routines… l’outil est neuf pour des générations de bibliothécaires encore en activité, et la vitesse des RS très remise en question… C’est une musithécaire à la veille de la retraite qui fait ce commentaire.

Bibliothécaires « hybrides », bibliothécaires « classiques », élus : moi aussi je suis conscient qu’un fossé de plus en plus profond se creuse. Tous les gens que j’ai croisés tant en Turquie qu’en Russie étaient surpris de voir un bibliothécaire voyager. Pour eux, bibliothécaire, ce n’est pas un métier, mais un un job tranquille où on a du temps pour faire autre chose. Je connais des bibliothécaires qui voient leur travail comme cela. Je peux vous dire qu’il était plus facile pour moi de convaincre les autres voyageurs que bibliothécaire ce n’est pas que cela, avec mon anglais bancal, que de faire bouger les choses au sein de la profession. Or C’est l’avenir des bibliothèques qui est en jeu. Quand on sait qu’au Royaume-Uni celles des bibliothèques qui sont restées pépère ferment en grand nombre, les élus arguant de la baisse de fréquentation, et qu’aux Etats-Unis certaine villes ont externalisé leurs bibliothèques auprès de prestataires privés, je me dis qu’en France où le phénomène a déjà commencé, il serait peut-être temps de se bouger! Cependant, comment ceux des professionnels qui voient leur travail juste comme un job casanier pourraient-ils se sentir concernés?

C’est Alain, en BU, qui met le doigt sur le noeux du problème :

« Ce que nous voulons, semble-t-il, c’est que notre lectorat s’adapte à nos outils, et non le contraire. Quitte à perdre ce lectorat. »

Le terme bibliothécaire hybride vous intrigue? Apprenez en plus ici.

7 commentaires sur “Le blues des bibliothécaires hybrides”

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