Nettoyer ou affronter?

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Une présentatrice allemande, Anja Reschke, s’émeut des commentaires de haine sur les étrangers qui fleurissent sur la toile :

« Les prêcheurs de haine doivent comprendre que la société ne tolère pas de tels propos. Si on ne partage pas l’avis selon lequel tous les réfugiés sont des parasites qui devraient être chassés, brûlés ou gazés, il faut le dire à voix haute. Au contraire, il faut s’exprimer. Exposer sa conscience. Il faut ouvertement clouer ces personnes au pilori. »


Une présentatrice allemande s’émeut des…

Certains suggèrent de « nettoyer » les commentaires racistes sur la toile (Internet civilisé, toussa…). Ce n’est pas la solution. Il vaut mieux une bonne éducation aux médias – à tous les médias – que de tenter vainement d’aseptiser tel ou tel support. C’est cette présentatrice qui a raison : sur la toile, ne laissons pas le champs libre aux extrémistes. Occupons le terrain comme ils le font, post contre post, tweet contre tweet. Il ne sert à rien de dissimuler la haine sous le tapis : affrontons la!

Les croyants (aux théories alternatives, aux complots, etc) sont les plus motivés à défendre leurs croyances, ils amassent quantités d’arguments, faibles pris séparément, mais dont l’effet de masse peut convaincre les indécis, flexibles intellectuellement, dont les jeunes. Les croyants ne sont pas idiots ou incultes, c’est même le contraire (sauf peut-être au niveau de la culture scientifique). Face à eux, les rationalistes ont beaucoup moins d’arguments. Ils manquent de motivation à passer du temps à démonter point par point les théories loufoques qui circulent, abandonnant le marché cognitif aux croyants.

Pour les discours de haine, cela va plus loin que la question de la motivation mise en avant par Pascal Bronner. La soirée Grand Ecran sur LCP, intitulée « Internet : un danger ou une chance pour la démocratie ? » montre bien le paradoxe : le documentaire dépeint l’impression donnée par les réseaux sociaux que le français moyen est un troll raciste. A l’inverse, le débat montre qu’en réalité, les réseaux sociaux sont instrumentalisés par des organisations racistes, xénophobes et promptes à l’incitation à la haine, donnant un image distordue des opinions réelles des Français.

Raison de plus pour ne laisser aucune provocation sans réaction, ne serait-ce que pour rééquilibrer l’impression laissée au lecteur lambda, en particulier à l’indécis influençable décrit dans la Démocratie des crédules.

Exemple 1 : Xénophobie

xenophobe
J’omets ici volontairement le lien. Google est votre ami, débrouillez-vous.

Exemple 2 : Dirty Corner

Etape 1 : des tags sont peints sur la sculpture d’Anish Kapoor, qui du coup, n’en porte que mieux son nom : le coin sale. Après un premier nettoyage, l’oeuvre est à nouveau vandalisée deux mois plus tard.

Etape 2 : l’artiste décide de laisser l’oeuvre en l’état au moins un temps, comme témoignage. Les autorités, qui ne l’entendent pas de cette oreille, décident de jeter un voile pudique sur les inscriptions, avec des bâches noires (réaction « Internet civilisé » appliqué à l’art, en somme).

Etape 3 : le sculpteur trouve un compromis qui lui permet de garder les inscriptions tout en les dissimulant, d’une manière plus artistique que les bâches noires.

DirtyCornerOr

Sur les réseaux sociaux, nous pouvons tous participer à la désintox. Pour les mass médias, les spectateurs/auditeurs/lecteurs n’ont pas un tel pouvoir. A la Télévision, le nettoyage des commentaires racistes, c’est pour quand?

  • Exemple télévision #1 : Race blanche

Ce n’est pas comme si l’ex-ministre de la famille avait rétro-pédalé le lendemain sur Europe 1, bien au contraire. Et Mme Morano n’en est pas à son coup d’essai au niveau des déclarations provocantes pour exister médiatiquement. D’ailleurs elle est loin d’être la seule (cinquième colonne, fuite d’eau dans la maison Europe…). Voici l’outil pour nous rafraîchir la mémoire avec les déclarations passées de Nadine Morano : le Moranotor
par Les décodeurs | Le Monde.fr | 01.10.2015

[Edit du 11 octobre 2015 : Mme Morano a finalement été sanctionnée par son parti – au bout de plus d’une semaine de tollé médiatique – en étant destituée la liste LR pour les régionales. Durant les débats, certains cadres du parti se sont montrés dubitatifs face à ce précédent : qu’auraient mérité les fuites d’eau de NS ou les Pains au chocolat de JFC?]
[Edit du 27 octobre 2015 : Si le nettoyage des commentaires racistes est impossible, internet ne s’est pas privé de réagir, créant un buzz tel que les médias traditionnels ont du le relayer. Deux exemples :
– L’humoriste Kevi Razi sur Facebook
– Le nageur toulousain Ganesh Pedurand, sur son blog]

  • Exemple télévision #2 : Le « discours de vérité » du « premier parti de France »

Si les journalistes « objectifs » se mettent à reprendre les éléments de langage internes à un parti sans les contextualiser, il y a de quoi être critique. Que ce parti soit le FN est encore plus grave.

– « Premier parti de France » : Départementales : le festival d’intox du Front national – Libération, 23 mars 2015

– « Discours de vérité » : 7 techniques de mensonge du FN – Le Huffington Post, 31 mai 2014 :

  1. manipuler les chiffres
  2. confondre une corrélation avec une causalité
  3. l’amalgame
  4. le sous-entendu
  5. l’usurpation de la rhétorique républicaine
  6. prétendre ne plus être d’extrême droite
  7. la frappe ciblée.

Appliquer le mot race à l’être humain, c’est être raciste. Mettre en opposition Blanc et Musulman, c’est… quoi? Assimiler l’Islam à une race? Les réactions de Ruquier et Moix, sont bien molles : « je n’aime pas », « c’est indécent ». Non, M. Moix, ce n’est pas seulement indécent ou mal vu, c’est dangereux ; surtout quand d’autres qualifient ailleurs les mêmes propos de « discours de vérité ».

Lisez aussi :

<MAJ du 02 octobre 2015 : Il suffisait d’y penser>

C’est Nordpress qui nous l’apprend : « Il dépose à la SACD des phrases racistes pour faire payer ceux qui les écrivent »

DépotProposRacistes
Il dépose à la SACD des phrases racistes pour faire payer ceux qui les écrivent

* Nordpress est un site humoristique, l’équivalent Belge du Gorafi.

</maj>

<MAJ du 18 février 2016 : Un contrepoint idéologique à Alain Soral>

Osons causer, Le Stagirite, le Fil d’actu ou Usul : une réponse à Soral en occupant le terrain face à une droite dure qui se sent sur Internet comme chez elle.

</maj>

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