Stopdjihadisme

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Et un hashtag de plus! Celui-ci est associé au nom de la nouvelle plateforme du gouvernement pour lutter contre l’embrigadement sur Internet. On y explique :

Pour recruter les adolescents et jeunes adultes, garçons comme filles, les groupes terroristes utilisent aussi de véritables techniques de manipulation mentale. C’est cette stratégie qui peut apparenter les recrutements à une forme d’embrigadement sectaire. Ces techniques de manipulation ont pour but d’amener ces jeunes à rejeter progressivement leur environnement pour les isoler, les mettre sous l’autorité du discours radical et les convaincre.

L’enquête de FranceTvInfo, qui a pu entrer en contact, via Facebook puis Skype, avec une adolescente de 16 ans candidate au jihad, montre à quel point les méthodes de fanatisation de ces groupes sont efficaces. Mais j’ajouterais aussi que les groupes en question savent mieux se servir d’internet et de Facebook que le gouvernement français. Stopdjihadisme n’est qu’un site parmi des milliards. Pour passer devant les dizaines de sites djihadistes, il va falloir exceller pour améliorer le référencement et faire fonctionner la viralité. Or ce n’est pas le cas. Par exemple, la vidéo d’entrée arrive comme une pub sur un journal en ligne. Si je n’en avais pas entendu parler à la radio, je l’aurais aurais zappée sans somation avec la petite croix en haut à droite : c’est devenu un réflexe. D’autre part, rien sur le web 2.0 dans cette campagne : ni page Fb, ni profil Youtube ou Twitter, rien. Alors que les extrémistes jouent à merveille du web social, cette plateforme pourtant réalisée en HTML5 est désespérément Web 1.0. C’est un site clé en main qui n’évoluera plus, alors que l’algorithme de Google favorise les sites régulièrement mis à jour. Dans quelques jours, quand les médias cesseront d’en parler, ce site tombera rapidement dans les oubliettes de la toile.

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. »gouv.fr », pas de doute, ce n’est pas le site de cuisine de ma grand-mère. A double tranchant : pour les complotistes, le gouvernement nous ment.
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Le site ne se résume pas à sa vidéo d’introduction. La plateforme est plutôt conçue pour prêcher des convertis (ok, mauvais jeu de mot, mais gardons l’esprit Charlie 🙂 ) et alerter les proches de jeunes potentiellement touchés, notamment avec l’infographie décrivant les signes potentiellement alarmants.

Si on veut que les contenus de Stopdjihadisme se retrouvent régulièrement dans le fil d’actualité des internautes dont la timeline ressemble au canal B de 4chan, il va falloir faire mieux, beaucoup mieux. J’en veux pour preuve l’article de Rue 89, qui décortique l’utilisation de Facebook par les recruteurs extrémistes : Comment Facebook m’a mis sur la voie du Jihad. Un journaliste s’est créé un faux profil Facebook et en quelques heures, son fil d’actualité s’est transformé en un réseau pro-jihadiste. Lisez l’ensemble de l’article, c’est édifiant. Il montre dans le détail comment les extrémistes tirent parti de l’ADN de Facebook. Morceaux choisis :

Moi qui me demandais si j’allais parvenir à contacter des soldats en Syrie, il semblerait que je n’ai rien à faire : j’ai l’impression que Facebook les a trouvés pour moi.
[…] C’est un peu le cercle infini. Plus mes amis seront pro-djihad, et plus Facebook me proposera d’être ami avec des gens du même avis. C’est de l’endogamie extrêmiste.
[…] Si mon fil d’actualité Facebook ne me montre quasiment que des publications pro-djihad, certains de mes amis sont contre. Mais leurs propos sont donc moins visibles.
[…] Comme beaucoup d’internautes, certains se sont créés une identité tronquée. Ils publient des photos de djihadistes et de Syrie, mais en réalité ils n’y sont pas. Ils ont parfois envisagé d’y aller, mais n’ont que très rarement sauté le pas [voir plus bas]. Alors ils entretiennent tous ensemble leurs fantasmes sur l’Etat islamique autoproclamé, la Syrie et l’Irak. Parfois avec violence et véhémence, mais pas, autant que je puisse en juger, en passant à l’acte.
[…] Facebook se retrouve dans une situation complexe et paradoxale : ce qui fait sa réussite – à savoir le fait de créer et d’entretenir des communauté d’intérêts –, est aussi ce qui en fait le meilleur outil de la propagande djihadiste. Le réseau est pris au piège de son algorithme. Au risque d’exercer une censure trop importante, peu constructive et injuste, sa marge de manœuvre est faible.
[…] L’Union européenne a bien conscience du problème, puisqu’elle a demandé début octobre aux géants américains du Net de prendre des mesures efficaces pour lutter contre la propagande de Daesh sur Internet, mais que peut Facebook? Changer son algorithme, c’est perdre son essence.

Le journaliste de Rue 89 a stoppé son enquête quand ses amis Fb lui ont proposé de poursuivre leurs conversations sur Skype. En janvier dernier, une autre journaliste a poursuivi son investigation, jusqu’à un départ fictif de Toulouse. Elle a fait de son enquête un livre, publié sous pseudo. Son interlocuteur a commencé avec une attitude de commercial sur Facebook, avant d’évoluer vers un un discours de gourou de secte sur Skype :

Dès les premières lignes échangées, il lui demande si elle est musulmane et l’invite à venir le rejoindre. «On dirait un commercial», écrit la journaliste, écœurée. «Pour lui, Mélanie ne représente qu’un profil type. (…) Il ne connaît ni son âge, ni la couleur de ses yeux, ni sa situation familiale» et «ça ne semble pas le déranger».
[…]
De l’autre côté de l’écran, l’homme presse la jeune fille de venir au «Sham» et de servir «la cause de Dieu». Et tous les arguments sont bons pour convaincre la jeune fille: «Mélanie, (…) je sens que tu as une belle âme, et si tu restes au milieu de tous ces kouffar, tu brûleras en enfer.» A chaque appel, le terroriste vante les mérites de l’Etat islamique. «J’avais l’impression d’avoir le gourou d’une secte en face de moi.» Un jour, il demande à Mélanie si elle veut l’épouser. Pour continuer à glaner des informations, la pigiste rentre dans son jeu.

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Dans la peau d’une jihadiste, Anna Erelle, Robert Laffont 2015

Troisième exemple, France Info a recueilli le témoignage d’une jeune fille de 15 ans, endoctrinée et repentie. Sans les deux enquêtes précédentes, on aurait peine à croire que tout a démarré avec Facebook :


LEA par cpdsi

Léa est aujourd’hui prise en charge par le Centre de Prévention et de lutte contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI). Le témoignage de Léa manipulée par des gens sans scrupules rappelle les méthodes du détraqué qui a inspiré le film Compliance :

Compliance
Influence, manipulation, obéissance.

En 2004, la gérante d’un fast-food reçoit l’appel d’un policier accusant de vol une des employées. Celle-ci va subir un interrogatoire, une fouille au corps et moult humiliations de la part de sa responsable, qui suit scrupuleusement les ordres de son interlocuteur. Lequel, en réalité, se révèle être un névrosé qui, depuis dix ans, a piégé ainsi 70 personnes. « Aux Etats-Unis, l’affaire a eu un retentissement considérable », se souvient le réalisateur Craig Zobel, qui a dû, faute d’enregistrement des conversations téléphoniques et de contact avec les victimes, imaginer les dialogues. « Pour le « policier », je me suis beaucoup inspiré des techniques de télémarketing ou de voyance: des questions très ouvertes qui permettent la manipulation. »

Les djihadistes sont donc des virtuoses du web 2.0 :

  1. Vidéos sur YouTube ou photos via Twitter ou Instagram pour attirer le chaland,
  2. Discussions sur Facebook pour repérer les profils les plus favorables
  3. Endoctrinement de ces profils fragiles sur Skype par des as de la manipulation.

Ce processus est très bien expliqué dans ce documentaire de LCP, diffusé pour la première fois le 19/04/2015 dans le cadre de l’émission Grand écran : Djihad 2.0, et archivé sur Daillymotion :

Il serait temps que les haut fonctionnaires qui ont pondu le cahier des charges de la plateforme du gouvernement, basiquement web 1.0, ouvrent les yeux : on n’est plus en 1996! Même les monuments nationaux l’ont compris!

Inversement, j’ai aussi un conseil pour les jeunes influençables : Ce n’est pas sur Facebook qu’il faut chercher des réponses sur la religion ou sur les questions importantes (d’où viens-je, où vais-je, dans quelle étagère, pour qui dois-je voter, en quoi dois-je croire…) : c’est le meilleur moyen de faire une mauvaise rencontre.

secte-abus-manipulation-controle
Daech utilise les méthodes des sectes pour transformer la plupart de ses recrues occidentales en kamikazes. A leurs yeux, Internet n’est qu’un moyen de se procurer de la chair à canon.

En outre, vous qui êtes si prompts à croire à toutes les théories conspirationnistes, variez vos sources d’informations, ce n’est pas ce qui manque sur Internet : les exactions de Boko Haram, les exécutions médiatisées de Daech, la destruction des Bouddhas géants par les talibans afghans devraient un minimum entretenir votre méfiance, non?


La Reine Daesh (Les Guignols) par Spi0n

La guerre, ce n’est pas une affaire de petit chaton mignon, il faut vraiment être con pour le croire. Quelle serait l’espérance de vie d’un chaton tel que celui ci-dessous, s’il était vraiment dans des villes réduites en ruines par la guerre, comme à Kobané? Entre les balles perdues et les bombes, elle est très faible, de l’ordre de celle des abrutis qui arrivent avec la fleur au smartphone, à défaut de fusils. Pensez à vos propres petits frères et petites sœurs. Cela vous plairait-il qu’ils soient recrutés par l’EI pour en faire des combattants, des kamikazes et des boucliers humains?

ChatonKalash
Capture d’écran d’une photo postée par un homme affirmant se battre en Syrie.


Vidéo : les ruines de Kobané par lemondefr

Le fil d’actualités de Facebook est un piège à rats qui enferme dans une communauté en fonction de ce qu’on like et des profils qu’on accepte comme amis. C’est le règne de l’entre-soi : les gens qui aiment le scrapbooking, ceux qui aiment les animes des années 1970 ou… les gens qui aiment les bibliothèques. J’ai créé mon propre profil (infodocbib, homonyme de ce blog) en sachant cela dès le départ (à l’époque, je gérais déjà un profil au nom d’une association depuis des années), et j’ai atteint facilement mon but qui était de connaître et me faire connaitre dans le Landerneau que j’avais choisi, celui de mon métier, à l’exclusion des autres facettes de ma vie. C’est le principe de l’identité tronquée, celui-là même qu’utilisent les profils des recruteurs pour la Syrie, l’Irak, le Nigéria ou l’Afghanistan. Jeunes, ne soyez pas naïfs, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain, mais restez conscients des limites de l’outils que constitue Facebook. A la réflexion, ce dernier conseil vaut aussi pour les fonctionnaires du ministère de l’intérieur. Non, à la réflexion ce conseil vaut aussi pour les journalistes. Non, à la réflexion, ce conseil vaut en fait pour tout le monde, internautes invétérés comme réfractaires aux écrans.

Face au rouleau compresseur web 2.0 des djihadistes, la plateforme Stopdjihadisme aux allures d’une brochure, semblable aux brochures de prévention du SIDA ou pour l’hygiène bucco-dentaire, rate sa cible. C’est un invité sur France Info qui donne la bonne conduite à suivre. L’interview, diffusée entre autres vers 19h15, n’est malheureusement pas reprise sur le site de la radio. Je cite de mémoire :

Cette plateforme est une bonne chose, mais ce n’est pas une vidéo seule qui va stopper l’embrigadement en ligne. Il en faudrait des centaines. C’est toute la société civile qui doit se mobiliser. En particulier, ce sont les organisations religieuses qui doivent elles aussi créer des sites où les arguments des djihadistes seront décortiqués et démentis, notamment par des religieux. Il faut lutter tweet contre tweet, vidéo contre vidéo, statut Facebook contre statut Facebook. Il faut réinvestir cette partie de la toile qu’on a abandonné trop longtemps aux extrémistes.

Je souscris à 100% à cette démarche. C’est autrement plus censé que les velléités de « nettoyer internet« , façon Vietnam ou façon Chine, de tout ce qui contrevient à une loi française, qui n’est que l’une parmi les 198 législations d’autant de pays (sans compter les états fédéraux). Cette idée aux relents « d’internet civilisé« , expression inventée par les chinois dès 2006 et reprise en France entre 2007 et 2011, n’est pas à la hauteur de l’après Charlie ni de l’après 11 janvier. Outre le djihadisme, cela vaut aussi pour le négationnisme ou le racisme, à propos desquels ont parle également de nettoyage d’Internet en ces temps de commémoration de la libération des camps de la mort.

Ci-dessous, ma modeste contribution pour aider à la viralité de la vidéo. Attention, certaines images sont violentes si vous n’avez pas l’habitude de regarder les JT. Interdit aux moins de 12 ans :

 http://www.dailymotion.com/video/x2fpywn_stopdjihadisme-ils-te-disent_news


#Stopdjihadisme : Ils te disent… par gouvernementFR

<MAJ du 29 janvier 2015 : le vrai lieu de l’embrigadement>

L’Etat a fait ce qu’il pouvait sur Internet avec Stop-djihadisme.gouv.fr, montrant qu’il peut peu. En revanche il est un domaine où l’Etat peut tout et ne fait rien : les prisons, qui restent le premier lieu d’embrigadement de djihadistes à passer à l’acte violent. Ni Mohammed Merah, ni Mehdi Nemmouche, ni Chérif Kouachi, ni Amedy Coulibaly n’ont eu besoin d’Internet ou de Facebook pour se radicaliser. En revanche, ils sont tous passés par la case prison. Bizarrement, la plateforme du gouvernement ne contient aucun chapitre sur les prisons.

PrisonFabriqueFanatique
Contrairement aux censeurs d’Internet, Siné Mensuel pointe le véritable coupable.

L’origine du terrorisme sort du cadre de ce blog, dont l’objet premier concerne les sciences de l’information. Mais force est de constater qu’Internet joue le rôle de victime collatérale dans cette affaire. Depuis 1986 chaque acte terroriste a été suivi d’une loi antiterroriste, lesquelles entraînent systématiquement un recul des libertés fondamentales au prétexte de la sécurité.

CharlieLibeCollateral
Terrorisme : Internet, victime collatérale

Pour approfondir :

Et le débat sur les prisons, c’est pour quand?

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<MAJ du 20 mai 2015 : Déradicalisation>

En mai, Les pieds sur terre sur France Culture a consacré trois émissions à des jeunes qui ont subi un embrigadement djihadiste et tentent de s’en sortir. Des Reportages de Leila Djitli en partenariat avec le Centre de Prévention et de lutte contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI).

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<MAJ du 15 septembre 2015 : La femme en islam, selon Nader Abou Anas>

Les jeunes filles sont les plus nombreuses à se faire manipuler pour aller en Turquie et passer la frontière. Ce week-end, au dernier Salon de la femme musulmane, à Cergy-Pontoise, voici ce que disait Nader Abou Anas à propos de La femme en islam :

https://youtu.be/FGB0WIfd2FY

Un peu plus tard, il devisait avec un autre iman sur  la question de savoir s’il faut battre ou non sa femme. C’est vraiment ça l’idéal de vie de ces gamines? Ici elles ont la liberté de penser, une égalité des sexes imparfaite mais en mouvement, et elles préfèrent Daech? Sur les quatre millions de migrants qui ont fuit la Syrie depuis 2011, pas un n’a choisi le royaume des Séoud ni les émirats pour échapper aux bombes, mais se sont établis au Liban et en Europe : pourquoi? Cela devrait faire réfléchir tous les candidats au Jihad… Mais quand on en là, est-ce qu’on réfléchi encore?

  • Et d’autres, autochtones, luttent par les armes contre Daech
    « Face à Daech, des centaines de jeunes femmes kurdes ont pris les armes et se battent tous les jours, en première ligne de front. Armées de leur courage, de leur détermination et de leurs « youyous » elles font fuir les djihadistes. »
    Femmes contre Daech – LCP, 01 mars 2016
    http://www.lcp.fr/emissions/274083-femmes-contre-daech

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<MAJ du 03 septembre 2016 : De la radicalisation au djihadisme, chroniques intimes d’un fiasco républicain>

Une série documentaire de Alain Lewkowicz, réalisée par Doria Zénine – France Culture, du 29 août au 1er septembre 2016

1/4 – Départ pour le djihad, l’imperceptible radicalisation
Près de 2 000 jeunes français sont partis pour le djihad en Irak et en Syrie depuis 2014. Une décision incompréhensible et inimaginable pour les familles et les proches de ces citoyens perdus de la République. Personne n’a rien vu venir. Ils témoignent.

2/4 – Radicalisation, la France n’avait qu’à bien se tenir
Mais pourquoi se radicalise-t-on ? Loin de se cantonner au domaine strictement religieux, cette radicalisation met en jeu bien d’autres enjeux : école, habitat, mixité sociale, travail, discriminations, mauvaises solutions politiques et irresponsabilité du monde médiatique.

3/4 – Les mots de la radicalisation : un diagnostic bien tardif
Le phénomène de radicalisation était-il prévisible ? Assurément. Sauf que le modèle républicain a occulté bon nombre de réalités

4/4 – Déradicalisation mode d’emploi
Depuis les attentats de janvier 2015, les «déradicalisateurs» foisonnent et on rêve de déradicaliser à marche forcée. Même les repentis sont mis à contribution. Ici chacun expose sa méthode, les associations comme les pouvoirs publics. Trop tard sans doute, comme l’attentat de Nice semble le montrer

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