Méfiez-vous des imitations (1/2) : Internet et médias d’information

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La sortie de Mme Boutin sur la stratégie provisoire d’avancement à potentialité différée du gouvernement a mis un coup de projecteur, via le Gorafi, sur les journaux parodiques dont la tradition ancienne s’est transposée sur la toile.

Je viens d’en faire les frais à mon tour. Alors que j’écrivais des commentaires au fur et à mesure de ma lecture d’un article mis en avant sur Facebook, voila que je me rend compte que je suis dans un article crédible, sur un site parodique. Après que le nom des protagonistes m’ait mis la puce à l’oreille, je remarque le nom du journal et son slogan : Le Courrier des Echos, publish first, check later [Edit du 6 mars 2017 : le nom de domaine a été repris par une entreprise de plomberie]

Les titres des autres articles achèvent de me convaincre :

  • Il décapite son fils en tournant une parodie de « Game of Thrones »
  • Pour fêter la signature du viager, il lui offre un stage de « BASE jump »
  • Bouygues Télécom exige que Météo France arrête de parler d’alerte « Orange »
  • Des poils de poney retrouvés dans des pulls « 100% cachemire »
  • Pollution aux particules fines : Les Parisiennes interdites de fond de teint
  • etc

IncendiePieceJointe

Il m’a donc fallu quelques minutes pour débusquer le fake (mais aussi apprécier l’humour). Ainsi quand des gens relaient des énormités et disent s’être fait avoir de bonne foi, je me permet donc de me gausser… ou de crier à l’imposture préméditée. C’est pourquoi je suis friand du fact checking, quand des propos de personnalités sont triturées pour démêler le vrai du faux. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne faut pas forcément disposer de moyens énormes pour vérifier ses sources. C’est ce qu’ont montré Les Décodeurs du Monde, à propos d’une image diffusée par Civitas, qui a tenté de justifier son erreur

en soulignant la difficulté de tracer l’origine des images, allant jusqu’à se plaindre de ne pas disposer des « moyens des médias du système » pour vérifier l’origine desdites images.

Les décodeurs ont refait la manip prouvant le fake. Petit précis de recherche d’images à l’intention de Civitas :

Pour arriver à cette conclusion, les moyens à disposition des « médias du système » étaient donc : un ordinateur, une connexion Internet, un logiciel de retouche basique, et quelques minutes. A condition, bien sûr, que la véracité de l’information soit la priorité, et non le message à faire passer.

Ce qui manque au lecteur lambda, finalement, c’est le temps, d’où l’intérêt des fact-checkers et débusqueurs de rumeurs comme Hoaxbuster. Mais si on manque de temps pour chercher la petite bête, on doit pouvoir reconnaître une intox rapidement quand on tombe dessus. Pour ceux qui n’ont pas la culture médiatique suffisante par manque de pratique, un autre révélateur de hoax, Debunkers des rumeurs, propose des conseils pour ne pas tomber dans les pièges des faiseurs de rumeurs : Conseils de base à l’apprenti Debunker.

Pour démêler vérité et mensonges dans les médias, les fact-checkers sont donc variés :

    • Il y a aussi des initiatives individuelles dignes d’intérêt :
      • Désinformation : Pseudosciences, conspirations, propagande, canulars, emballement médiatique… sur le net et les réseaux sociaux

D’autre part, des chercheurs mettent au point un détecteur de mensonges automatique à l’usage des réseaux sociaux :

Financé par l’Union européenne, Pheme sera disponible dans un an et demi. Il permettra, disent les scientifiques, d’analyser les millions de tweets et autres statuts Facebook qui fourmillent sur internet et d’évaluer leur fiabilité en temps réel. Quatre catégories d’informations pourront être identifiées : désinformation, spéculation, controverse et fausse information.

“Désinformation”, “spéculation”, “controverse”, “fausse information”, c’est un peu léger. Cela ne vaudra jamais le travail des vrais fact checkers. Ceux-ci se basent sur des sources vérifiées et surtout ils mettent l’information en forme et la remettent dans son contexte. D’ailleurs, Pheme ne vise pas le même but, puisque l’objectif est de vérifier en temps réel les informations pour permettre aux gouvernements, services de secours, médias et entreprises de répondre plus efficacement à des rumeurs infondées, par exemple celles qui se sont répandues lors des émeutes de Londres en 2011. Ce sera donc plus proche des alertes tempête avalanche ou inondation de la météo que du fact-checking.

« Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait, mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point. »
Histoire des oracles, Fontenelle – 1687

Articles liés :

<MAJ du 16 février 2015 : sites parodiques>

Hoaxbuster fournit une liste de sites parodiques, avec un mode d’emploi pour les reconnaître :
[Edit du 6 mars 2017 : les liens de ceux qui ont cessé d’exister ont été supprimés par rapport à la liste de Hoaxbuster]

Sites généralistes :
Régionaux / locaux :
A thème :
Encyclopédiques :
A l’étranger :

J’en ai découvert un nouveau cette semaine, via Facebook, qui entrerait dans la catégorie « A thème ». Il s’agit de Eduk Actus, l’actualité piquante en éducation.

« Littérature : « 50 nuances de Grey » bientôt au programme du bac de français. »
Quand une nouvelle publié par le Gorafi de l’éducation provoque des remous chez les bibliothécaires, dont certains ont reçu des demandes bien réelles pour le bac.

[Edit 25 septembre 2015] Idem avec Scientists of America, via Facebook également. Cette parodie de journal scientifique est le fait de Jean-Noël Lafargue depuis 2007.

</maj>

<MAJ du 22 janvier 2017 : Une excellente page de Fact-checking sur Facebook>

Facebook responsable de l’élection de Trump à cause de la diffusion de fausses informations? C’est peut-être aussi aux internautes de mieux choisir leurs sources, y compris sur Facebook. Qu’ils commencent donc par Désintox – Arte- Libération :

https://www.facebook.com/DesintoxLiberation/

richtigFalsch
Desintox : richtig, falsch

</maj>

1 commentaire sur “Méfiez-vous des imitations (1/2) : Internet et médias d’information

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