Architecte de l’information

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Avec ce site j’ai opté pour une écriture “manuelle”

Une entreprise de menuiserie a ouvert ses porte début 2012. Six mois plus tôt, le patron préparait (entre autres très nombreuses chose) ses supports de communication, dont un site internet. N’ayant aucune compétence interne dans ce domaine, il a donc cherché autour de lui quelqu’un qui pourrait faire quelque chose qui ne soit pas du bricolage. Il se trouve qu’un proche de la famille avait lancé son premier site en 2004 et n’a cessé d’enrichir son expérience, tant professionnellement que dans ses loisirs. En outre il venait de finaliser un Intranet pour une grande entreprise. Vous avez reconnu cette perle rare j’espère !

C’est ainsi que peu de temps après ma mission de webmaster à La Poste, j’ai eu l’occasion de mettre mes nouvelles connaissances en œuvre.

Pour tous les sites que j’ai créés jusqu’à présent, je me suis aidé d’un CMS ou d’un autre. Un CMS (content management system) ou logiciel de gestion de contenu est un logiciel qu’on installe en ligne, et qui permet de gérer le contenu et l’apparence d’un site web de manière simplifiée, sans que des connaissances en langages informatiques soient indispensables. C’est un bon moyen pour débuter, mais aussi un outil puissant pour des sites riches en contenus.

Cependant, le procédé atteint ses limites dans le cadre du gratuit : l’hébergement chez Free est laissé à vau-l’eau par le FAI. La version de PHP qu’ils proposent n’a plus bougé depuis des années : 5.1.3RC4. En 2011, certains intervenants sur les forums évoquaient une mise à jour pour la deuxième moitié de l’année. Nous sommes mi-2012 et rien n’a bougé. Je pense que rien ne bougera plus. Or les développeurs de CMS bougent, eux. Les versions de leurs logiciels évoluent avec les technologies du moment, dont les versions successives de PHP. Le résultat chez Free est qu’il est impossible d’installer les dernières versions de la plupart des CMS : exemple avec Joomla 1.6 (alors que la 3.0 est sur les rails) :

Your host needs to use PHP 5.2.4 or higher to run Joomla 1.6.

Par conséquent, mes sites tournent avec de vieilles versions, toute mise à jour logicielle étant impossible depuis des lustres. Ce n’est pas une lubie de Geek de vouloir suivre les versions logicielles : les mises à jour contiennent fréquemment des mises à niveau de sécurité. Si on ne suit pas, on se fait hacker. Cela m’est déjà arrivé avec un site associatif. Inutile de vous décrire l’affolement et les questions des membres. Heureusement que je maintenais une version de secours en parallèle du site principal.

Ainsi pour la menuiserie, j’ai rapidement décidé d’opter pour une écriture “manuelle” du site. Plusieurs raisons à cela :

  • Le contenu rédactionnel n’est pas appelé à changer trop fréquemment (pas de rubrique actualités ou de blog). Une gestion dynamique des pages serait peut-être surdimensionnée.
  • La personne qui me transmet ses directives n’a aucune connaissance en publication en ligne. Que ce soit en publication assistée par CMS ou directement en HTML, cela représente un apprentissage auquel elle n’a pas de temps à consacrer dans l’immédiat. Puisqu’il me revient de faire les mises à jours rédactionnelles en ligne, je peux choisir n’importe quelle solution du moment que je la maîtrise.
  • L’hébergeur Free n’étant plus fiable, il est simple et rapide de prendre ses cliques et ses claques et d’aller se faire héberger ailleurs du jour au lendemain. Pas de base de données, pas de fichiers éparpillés dans une arborescence.
  • J’étais en pleine découverte de HTML5 et de CSS3 et c’était l’occasion d’apprendre avec un cas concret.

Mais, demanderez-vous, quel rapport entre les bibliothèques et la menuiserie ? La réponse est dans le titre : Architecte de l’information. Jean-Michel Salaün est le promoteur de cette expression en France, et le co-fondateur de la première formation dans ce domaine dans l’hexagone. C’était aussi un de mes profs à l’Enssib. Voici un extrait de son manifeste :

[le mouvement des iSchools] est issu des principales écoles en sciences de l’information nord-américaines, fondées à l’origine pour former des bibliothécaires, qui ont élargi et transformé leur offre de formation en s’alliant souvent avec les départements informatiques des universités. L’idée principale est que, puisque nous assistons à une forte valorisation du savoir notamment au travers du développement des technologies numériques, les professions qui gèrent ce savoir doivent être reconfigurées et revalorisées.

Les services documentaires étaient portés par des professions reconnues, aux compétences codifiées et à l’éthique forte mais qui ne répondent plus au défi numérique contemporain. Les nouvelles « infrastructures épistémiques » ne disposent pas de cette tradition et souvent même leur rattachement institutionnel est flottant. C’est donc aussi le constat que les « infrastructures épistémiques », autrefois bibliothèques, centres documentaires, voire musées, se sont déplacées vers les réseaux et les collections numériques et irriguent très directement tous les échelons de la société.

Le défi n’est pas mince. Il ne s’agit pas moins que de reconsidérer notre relation aux documents […]

Il est aujourd’hui indispensable, pour des sites web riches en contenus, des sites de grandes institutions, à but lucratif ou non, de faire appel à des spécialistes de l’organisation et du repérage de l’information, de même qu’à des spécialistes de l’expérience des utilisateurs. Ces deux types d’expertises convergent vers un même objectif : garantir un accès intuitif et facile au contenu, pour l’utilisateur d’une application ou d’un portail web (ou, plus généralement, de tout système d’information). On appelle les professionnels détenant ces expertises des Information Architects, « des architectes de l’information » pourrait-on dire en français.

Organisation de l’information, ergonomie, aspect graphique : les trois critères que je mettais en avant pour définir le bon goût dans le web et exhorter les bibliothèques à faire appel à de vraies compétences et ne pas se contenter de bricolage.

J’ai déjà évoqué succinctement mon travail sur le site de GD Bois dans ce blog à l’occasion de la version 1 (oui, les sites aussi ont des numéros de versions 😉 ). Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’annoncer la versions 2!

Outre HTML5 et CSS3, j’ai mobilisé une pincée de javascript, un soupçon de PHP, ainsi que Google maps et les réseaux sociaux. Pour mesurer les effets de mes efforts en SEO et SMO, j’ai installé Google Analysis. Tous ces termes vous paraissent obscurs? Rassurez-vous. J’ai décidé, comme certains petits camarades (ici et ), de lancer mon feuilleton de l’été : Le dico du webmaster. A la rentrée, à défaut de pouvoir écrire votre site à la main vous même, vous serez en mesure de communiquer avec un webmaster sans avoir l’impression qu’il parle javanais.

Master Architecte Information
Cet été, je vais développer quelques fondamentaux de l’informatique du web, l’une des trois familles de compétences d’un architecte de l’information.

Lisez donc :

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